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(Anne-)Louise-Bénédicte (1676-1753)
Duchesse du Maine.

Ses parents: Henri-Jules et Anne de Pfalz-Simmern. 
Son frère: Louis III
Ses soeurs: Anne-Marie-Victoire, Marie-Anne et Marie-Thérèse
Elle épouse en 1692  Louis-Auguste duc du Maine. (1670-1736)


 
 
Année Evénements Âge
1676 Naissance
1692 Mariage avec Louis-Auguste duc du Maine 16
1694 Première naissance, une fille qui meurt rapidement 18
1694 Acquisition du rang intermédiaire 18
1695 Premier fils, Louis-Constantin, prince des Dombes 19
1697 Naissance de Melle d'Aumale 21
1698 Morts de Louis-Constantin et de Melle d'Aumale.
1700 Second fils, le comte d'Eu 24
1714 Succession des princes légitimés 38
1715 Mort de Louis XIV - Régence de Louis d'Orléans 39
1717 Rejet de l'édit de 1714 41
1718 Conspiration de Cellamare 42
1720 Sortie de Prison 44
1721 Récupération des charges 45
1753 Mort en son Hôtel de Paris 77

 
La Reine des Abeilles
La "Poupée du Sang"
lle est grande comme une enfant de dix ans, menue, blonde, le teint blanc gâté par le rouge dont elle abuse, les traits fins, de vilaines dents mal rangées, le bras droit incommodé, plus court que l'autre et qu'elle n'allonge pas aisément, une vivacité de lutin, le goût de tout apprendre, de tout essayer, des nerfs passées au mercure, un orgueil de divinité.
Elle aime le clinquant, se farde beaucoup, aime les rubans et les toilettes chamarées. Mais à la Cour de fin de règne on ne prise plus ces artifices et pour suivre Mme de Maintenon tout le monde se résigne à plus de dévotion et de retenue. Ce qui bien sûr ne plait guère à la jeune femme.
 
L'éducation.
A une époque où l'éducation des filles laissait souvent à désirer, Louise est prise en main comme, ses deux soeurs, par sa propre mère. Celle-ci leur donne ou du moins tente de leur donner la meilleure éducation qui soit. Louise-Bénédicte est entourée des plus grands esprits du Royaume et surtout de La Bruyère qui lui écrit des oeuvres sur mesure.
Certains de ses "caractères" lui sont lus en exclusivité. (Pour les connaisseurs, le personnage de Lucile serait la princesse elle-même)
Les cours comprennent: lecture, écriture, musique, danse, catéchisme, chant et les indispensables leçons de maintient tant nécessaires à la Cour.
Lorsqu'elle retrouve le grand homme dans l'Hôtel familial, elle fait montre d'une grande soif d'apprendre et comme elle jouit d'une excellente mémoire, se plonge dans les livres, étudie les Anciens et s'ouvre à toutes les sciences. La Bruyère qui restait sur un echec avec l'éducation du frère Louis III, trouve en Louise-Bénédicte l'élève dont il avait besoin pour partager tout son savoir.
 
 

Louise-Bénédicte, dite Mlle de Charolais, la fille d'un dément, la soeur d'un monstre de vices, une dangereuse petite personne dont les beaux yeux noirs s'allument à la moindre contrariété de lueurs étranges.  La moins naine des filles d'Henri-Jules résidait au château de Sceaux où elle tint une cour fastueuse. Assez fantasque, elle alla même jusqu'à créer une parodie d'ordre chevaleresque, l'ordre de la Mouche à Miel. Elle-même se faisait appeller la reine des abeilles. Elle fît également partie des conspirations qu'organisait le cardinal de Polignac contre le Régent. Le principe en était de mettre Philippe V d'Espagne sur le trône de France et de nommer le duc du Maine régent en son absence.
 

La route de la folie.
a duchesse du Maine s'était alitée jeune mariée docile; elle se releva mûrie, et rebelle. Plus de faux-semblants. Pour ce qu'elle était Condé on l'avait choisie: Condé maintenant il la faudrait subir. Sans masque. Demi-portion, mais si odieusement pimentée qu'à la cour pas un homme raisonnable n'en voudrait pour pain quotidien. Non qu'elle soit précisément folle, ni complètement bossue, mais il semble qu'elle ait dans la taille comme dans le jugement ce qu'on pourrait appeler un tour d'épaule. Son corps et sa raison sont diminués l'un et l'autre à l'état où l'on est d'ordinaire à douze ans. En enfant gâtée absolument, accoutumée à ce qu'on souffre tous ses caprices, elle suit ses goûts, qui sont vifs et légers, sans connaître devoir ni bienséance, ni jamais considérer les suites. Dans le monde elle n'aime rien que le plaisir présent, ne se soucie des gens qu'autant qu'ils y peuvent contribuer, rudoie volontiers ses familiers, rit ou pleure au gré de sa fantaisie.
Elle a cette tendance naturelle à peu dormir et à guère se nourrir.
Louis-Auguste, son mari redoute plus que tout de la voir suivre les traces de son frère Louis III; fille d'un dément, soeur d'un forcené..., qui n'en tremblerait?
A son mari, fils légitimé du Roi, elle tint le suivant langage: "Regardez-vous un peu! Un bâtard boiteux! Qui me prétend gouverner! Je suis née princesse du sang, Monsieur, sans tache sur mon berceau! Vous, que seriez-vous sans les bâtons (les cannes) dont le monde rit bien haut? Un pour soutenir votre corps, plus moi pour soutenir votre rang! Et ce Gambillard-là réglerait mon pas!" Maine baisse le nez. Les larmes lui montent à l'âme. Taraude-t-on la plaie qui depuis l'enfance n'a cessé de saigner, qu'il souffre trop pour riposter. Sur sa honte lancinante il se replie. Se tait. Abdique.
La duchesse ainsi en use à son gré. Lui, souple, soumis, en est venu à tout souffrir d'elle. Qu'elle ne se couche jamais avant quatre heures du matin, et sans lui; se lève à trois heures de l'après-midi, dîne à quatre et soupe vers minuit; que sans répit elle lui reproche l'honneur qu'en l'épousant elle lui a fait; qu'en nègre, elle le traite; et encore le ruine de fond en comble, et se donne en spectacle sans la moindre pudeur. Elle s'est entichée, piquée de théâtre, elle écrit, joue, et applaudit toutes sortes de pièces, comédies, tragédies, tout va tout vient
Les enfants
'il n'avait ses enfants, qu'il chérit plus que tout, souvent son mari maudirait son sort. Car il a engendré, le Gambillard qui doutait de jamais parvenir à engrosser une femme. Mais la jeune femme n'a cure des conseils de prudence et se donne toute entière à ses plaisirs. Elle doit bien s'aliter parfois mais c'est pour mieux se donner à ses folies une fois rétablie et l'inévitable se produit: en 1694, Louise-Bénédicte accouche d'un avorton tout bistourné qui porta quinze jours le beau titre de Mlle des Dombes, et s'en fit, comme les marionnettes. Comme les marionnettes elle était si petite que le temps de sa courte vie on la tint dans un carton à chapeau tapissé de coton. Le père pleura fort, Mme de Maintenon aussi, et le Roi prît le deuil de ce vilain maillot. Ce dont on jase encore, car l'usage veut que Sa Majesté ne se vête de noir pour les enfants qu'à partir de sept ans. Louise-Bénédicte pour sa part se souciait moins du poupon sitôt né qu'enlevé, que d'une sienne dent, pourrie et qui la torturait. Les enfants, on les fait repousser; mais qui lui rendrait sa dent, s'il fallait l'arracher? 
 
Louis-Constantin, prince des Dombes
Comme pour la narguer, dès l'an suivant, le 27 novembre 1695, à Versailles où l'on s'était installé pour contenter le Roi qui voulait toute sa famille auprès de lui, naissait Louis-Constantin, prince des Dombes. La grossesse était cette fois-ci plus sage, point de fêtes, que du repos.
Le nom du petit duc est une nouvelle gifle pour la mère, Louis en honneur du Grand Roi, soit mais pourquoi l'affubler lui aussi d'un prénom antique qui rappelle celui de son père et de son oncle, et qui confirme la marque indélébile de l'origine impure de la lignée. Louise-Bénédicte avait révé de lui donner un prénom glorieux de sa propre famille: Henri, ou Charles.

L'été 1695 est aussi le moment de la première véritable défaite des armées françaises depuis sept ans. Et le responsable ? Le duc du Maine, qui a laissé échapper le prince Guillaume d'Orange. A Paris on chansonne, on se moque et cela réveille chez Louise-Bénédicte des soupçons de couardise et de honte. Elle qui voulait un héro pour racheter la tache de sa naissance et pour égaler le grand père, la voici affublée d'un boiteux, lâche et incapable. C'est beaucoup pour un seul homme et cela finira de l'achever dans les yeux de la petite princesse.

Trois jours avant la Noël 1697 enfin, une mademoiselle d'Aumale bien vigoureuse venait remplacer la minuscule demoiselle des Dombes. 
La maternité, qui souvent attendrit le coeur des femmes, n'a guère amendé la princesse. En trois grossesses lui sont tombées la moitié de ses dents, ce dont elle ne décolère pas. Elle a les marmots en horreur. Des suce-lait, des dégoûtants, l'esprit tourné seulement à manger et dormir. avec pour toute conversation des rots et des pleurs! 
Connaît-on regard plus stupide que celui d'un enfançon? "Ce chien de boiteux, aussi, qui veut toujours coucher! Il est bien fils du Roi pour semer les enfants aux bourgeons! De raffinements nenni, fi des frissons, mais à viser juste, ça, il s'y entend!" 
Pour oublier ces dégoûts, la petite duchesse fait la folle. Et, craignant qu'elle le devienne vraiment, le Roi lui-même n'ose la reprendre. Louise-Bénédicte joue jusqu'à point d'heure. D'elle ou de Mme la Duchesse, sa belle-soeur, on ne saurait dire laquelle est la plus forcenée, ni laquelle perd plus gros. Mais pour la duchesse de Bourbon, c'est le Roi qui paie: alors que la manchote mange le pain de son bon époux. Qui, à force s'en alarme.
Malheureusement les enfants sont victimes des maladies infantilles et au début de 1698, le petit prince des Dombes meurt, suivi quelques mois plus tard par Melle d'Aumale. En cinq ans, trois grossesses, trois cerceuils.

Au printemps 1700 une nouvelle naissance, un garçon qui portera le prénom de son père. Louis-Auguste II prince des Dombes.
Et à l'été 1702 un prince nait chez Malézieu, ce qui est un petit scandale. Un prince ne nait pas dans une ferme! Il s'agit du comte d'Eu qui cette fois n'a pas reçu un prémon antique mais celui plus en phase avec l'histoire des Condé de Louis-Charles. 

Au jour le jour.

éveil tardif, la journée est consacrée à l'étude et au travail: latin, mathématiques, physique. En soirée: art poétique et théatre, vient la nuit et se succèdent: jeux et discussions d'astronomie dans le laboratoire de Malézieu. Fin 1699, il est temps pour la cour de se déplacer à Fontaineblau, mais pour Louise-Bénédicte, prétextant sa nouvelle grossesse, c'est la liberté elle n'ira pas et rejoindra la cour dans ses quartiers d'hiver à Versailles. Elle en profite pour explorer le domaine de Sceaux et découvre une demeure charmante qui lui sied déjà. Le 20 décembre 1699 c'est chose entendue, elle l'achète.
Le rang
our Louise-Bénédicte le Roi est un gros citron. Et Maine, son mari, un ustensile pour en tirer le jus. La manchote en prenant le bâtard n'a fait qu'obéir à son père. Mais elle n'eut jamais pensé que ce sera sur ce quelle a de plus cher que la désillusion serait la plus forte: l'orgueil. Le duc du Maine n'a rang que de simple duc; cela, Louise-Bénédicte, qui est née princesse du sang, ne le supporte pas. Déchaînée, inlassable, la mouche à miel brandit son aiguillon, pique, harcèle, vibrillonne sans relâche. Du courage à l'excès, entreprenante, audacieuse, furieuse, ne connaissant de passion que le théâtre et le rang, y postposant tout, indignée de la prudence, des réticences de son mari, qu'elle appelle misère de faiblesse. Un homme vigoureux peinerait à la mater. Qu'on imagine le doux duc devant cette mégère, dont il craint plus que tout, s'il résiste et la fâche, que la tête achève de lui tourner! Du repos. un peu de paix, le silence des forêts, la complicité des livres, il ne veut rien de plus. Mais puisque Louise-Bénédicte exige, pour acheter sa quiétude il s'efforce à vouloir lui aussi des charges, des commandements, des gouvernements, des pensions. Et surtout... le rang de prince du sang. A force d'insister et après une seule année d'efforts, Sa Majesté abandonne. Le 5 mai 1694, une déclaration royale crée en faveur des légitimés mâles un rang intermédiaire entre les princes du sang et les ducs et pairs. Voilà d'un trait de plume tous les ducs ligués contre Maine, qui pour pouvoir siéger a reçu du Roi la pairie d'Eu. Avec cela Louise-Bénédicte fulmine. Le rang intermédiaire! Se moque-t-on d'elle? Croit-on qu'elle a été élevée à manger les restes de la table des grands? Princesse du sang elle veut être, princesse du sang elle sera, dût-elle pour cela intriguer jour et nuit. Au labeur, le Gambillard! Point de repos tant qu'il n'aura pas rapporté le fruit convoité! La duchesse du Maine jamais ne renoncera. Son mari sera prince du sang, dût-elle lui arracher un à un ses maigres poils et lui faire manger son pilon. Peu lui chaut que la cour contre lui se soulève. "Au Diable boiteux, rue Montorgueil"! Insolents! Les roquets, on les fouette et on crache dessus. Ils verront, ce qu'une Condé peut faire d'un bâtardeau boiteux, d'une rognure de Bourbon!
 
 
Sceaux

 
 
L'ordre de la Mouche à Miel
Un ordre de chevalerie, qui ne dépend point du Roi. Mme du Maine l'a créé en 1703, pour séduire et gratifier ses fidèles. Trente-neuf membres, pas un de plus, portant robe traînante de satin incarnat brodée d'abeilles d'argent, coiffure en forme de ruche, et médaille en or frappée sur une face du profil de la duchesse avec les mots:
« Anne-Marie-Louise, baronne de Sceaux, dictatrice perpétuelle de l'ordre de la Mouche ».
En abrégé: L. BAR. D. SC. D.P.D.L.O.D.L.M.A.M.
Les convoitises se trouvent décuplées de ce que l'ordre ne compte qu'un nombre fixe d'élus.
Un extrait de la profession de foi:
Vous jurez et promettez 
de prendre en votre protection 
toutes les espèces de mouches à miel, 
de ne jamais faire de mal à aucune, 
de vous en laisser piquer 
généreusement sans les chasser,
quelque endroit de votre personne 
qu'elles puissent attaquer, 
soit joues, jambes, fesses, etc.!
Les membres: Malézieu bein sûr, Genest et le duc de Nevers, Dampierre, 
Saint-Simon fût approché, mais le duc du Maine  incarnant tout ce que le petit duc abhorre, celui-ci refuse de participer. Saint-Simon fera dès lors partie des ennemi de la Mouche.
Le rang des bâtards
yant comme dessein de contenir les princes de sang et surtout le duc d'Orléans, le Roi ne voit de solution qu'en l'élévation de ses fils naturels à la qualité de princes du sang. Déjà détestés des ducs et pairs du royaume à cause du rang intermédiaire qu'ils ont obtenu en 1694, une nouvelle élévation risquerait de mener à une nouvelle fronde, mais le Roi passe outre ces objections. Il faut à tout prix contrer le parti Orléans. Le règne s'achève et ne laisse pour héritier qu'un enfant de cinq ans, la régence doit être organisée. Le rang oblige le roi à nommer le duc d'Orléans à la régence mais les dispositions du testament du roi vident la fonction de tout contenu. C'est le duc du Maine, qui sera surintendant de la maison du Roi avec cela commandant des troupes, qui détiendra le réel pourvoir. 
Puis vient le coup de grâce. Le 29 juillet 1714, la bombe éclate sans que personne ait pu s'y attendre. En cas de disparition de la branche légitime, le Roi déclare les princes légitimés aptes à succéder au trône, puis après eux, leur descendance mâle; des princes du sang ils auront désormais rang et honneurs, passant cependant en toute cérémonie après ceux-ci. Les ducs du Maine et de Toulouse sont ravis de voir tomber le rang intermédiaire et humilier les princes du sang. Ces deniers, Louis-Henri de Bourbon-Condé en tête, délirent de rage. Le comte de Toulouse le voit bien, et s'en inquiète. L'honneur serait beau, s'il durait et lui donnait des amis de plus; hélas il y a peu à gager que cela soit. L'ardente manchote touche à son but: elle est princesse du sang, et le rang de ses fils, le prince des Dombes né en 1695, et le comte d'Eu né en 1700, se voit assuré. Peu avant la mort de Louis XIV le duc du Maine apprend par Mme  de Maintenon la teneur du testament du Roi, il soumettait toute la maison militaire et civile au maréchal de Villeroy et au duc du Maine. Cela revenait à livrer le futur Régent, Philippe d'Orléans pieds et poings liés aux Maine. Qui pouvaient le faire arrêter quand bon leur semblerait. 
Le Roi est mort, vive le Roi !
e 1er Septembre 1715, un nouveau règne commence. A la lecture du testament, le Régent manoeuvre et obtient du parlement de le modifier. Ayant soudoyé la plupart des membres il est sûr de son fait. Le duc du Maine ne bronche pas, et le duc d'Orléans obtient la régence pleine et absolue. Le conseil de Régence passe à Louis-Henri bien que sont âge l'en eut normalement empêché. Le Régent s'oppose fermement à la nomination du duc du Maine à la tête des troupes. Celui-ci veut se faire supplier et rejette sa nomination. Démission qui, à son grand étonnement, est acceptée. Bénédicte fulmine et traite son mari de bon à rien, de lâche et regrette amèrement de l'avoir épousée (Comme si un autre parti eut put être disponible à l'époque. NDLR)

"Vous êtes une guigne, un fléau! Vous creusez ma tombe et celle de mes enfants! Jusqu'à ce jour je vous méprisais seulement; je sens que je vais maintenant vous haïr comme mon plus cruel ennemi!"

La reine des mouche est triste à voir, elle paraît vieillie, desséchée de souci, soufflée de rage, elle en vient à ressembler chaque jour davantage à Louis III, son défunt frère de sinistre mémoire. Les inquiétudes sur l'avenir de sa maison lui gâchent le boire, le manger et surtout le sommeil, ce qui finit de l'abattre. Mais il faut se ressaisir, Philippe d'Orléans tient les rênes du pouvoir; il faut donc serrer les coudes et tâcher de garder ce que l'on a encore: le rang de prince du sang, la surintendance de l'éducation, la maîtrise de l'artillerie. C'en est bien fini des statuts de la Mouche, cartons de décors et costumes emplumés; le temps de la futilité est révolu. Il faut combattre le parti Orléans. Et à cette guerre tous les coups sont permis. On achète des imprimeurs, on soudoie les gens de la police afin qu'ils ferment les yeux sur la floraison d'affiches et de pamphlets. Ainsi, pour un sou, peut-on acheter des Philippiques. Pamphlets décrivant la vie dissolue du Régent avec force de détails croustillants. Si cela ne suffit pas, il y a aussi les gravures expliquant par le détail les prétendues pratiques incestueuses entre le duc d'Orléans et sa fille Elisabeth, duchesse de Berry. L'affaire s'envenime et comme le Régent ne veut pas mettre son régime en péril, il doit bien se résoudre à trancher. Poussé dans le dos par les ducs et princes qui se sentent choqués par les faveurs accordées jadis aux bâtards, le Régent examine une requête déposée par Saint-Simon le 22 février 1717 qui vise à l'annulation des dispositions du feu Roi à l'attention de ses fils légitimés. Le 1er juillet 1717, le conseil de Régence rend un arrêt en forme d'édit révoquant et annulant l'édit de 1714 et la déclaration de 1715. Le duc du Maine et le comte de Toulouse sont déclarés inhabiles à succéder à la couronne, et déchus de la qualité de princes du sang. Au cas où la race des princes légitimes de la maison de Bourbon viendrait à s'éteindre, il appartiendrait à la nation de se choisir un roi. La déception de Louise-Bénédicte ne se conte pas, elle enrage. Mais cela ne suffit pas aux ducs et princes qui dépossèdent le duc du Maine de sa surintendance de l'éducation du Roi ainsi que de son commandement des troupes. Il ne reste plus rien des faveurs dûes à Louis XIV.

"Madame il vous faut paqueter, car nous voici jetés hors de notre logis. M. le Duc de Condé est surintendant, et je ne suis plus rien.- Je le sais bien, animal! Voyez ce lâche qui s'est laissé tondre en brebis! Pauvre de moi, à qui ne reste que la honte de vous avoir épousé!- Mais devant la force que vouliez-vous je fisse?- Opposer du courage, renvoyer trait pour trait, résister enfin, et de toutes les manières!  - Croyez que j'ai protesté...- Belle défense! Moi, je vous montrerai, puisque vous n'êtes qu'un pleutre! J'ai plus de coeur que vous, votre fils et votre frère ensemble! Je le tuerai, ce Régent, et de ma propre main, en lui logeant un clou dans le cerveau ! "

Ah, il faut déménager! Il ne restera que ruines. La duchesse du Maine, hors de sens, hurlante, échevelée, cramoisie sous le blanc et les mouches, saccage tout l'appartement. Plus un miroir intact, plus un marbre ni un lustre entiers; qu'on brûle les parquets, les boiseries aussi, qu'on pisse dans les lits, qu'on éventre les sièges, qu'on déchire les tentures! Déchaînée, elle brise un à un les bibelots, troue tableaux et paravents, sans distinguer ce que possède en propre son mari de ce qui doit revenir au Bourbon. Maine, hébété, stupide, regarde d'un oeil vide le massacre, sanglotant comme un veau.
 
 

Les arrestations.
rrêté à Sceaux, le duc du Maine se morfond au fond de son carrosse qui l'emmène vers sa prison de Dourlens; s'arretant à chaque croix, à chaque église rencontrés en chemin pour y demander grâce. Le duc avait avec lui deux valets et était constamment surveillé. Anne-Louise par contre fut arrêtée en son hôtel de la rue Saint-Honoré. Voulant emporter quelques cassettes, l'on s'y opposa. Criant et tempêtant si fort qu'il lui fût finalement admis de prendre quelques pierreries. Deux carrosses de remise à six chevaux l'attendaient, cela la scandalisa. (?)
Dans le deuxième carrosse prirent place deux femmes de chambre et ses habits.
Evitant les grandes rues, les carrosses prirent par les remparts. Pas de bruits dans les rues, cela l'étonna fort. Mais aucune larme ne coula. Seulement scandalisée par la violence faite à une personne de son rang. Elle ne se lamentait que de la rudesse des carrosses. Elle fut seulement avertie qu'elle coucherait à Essonne. A l'étape toutes les précautions furent prise pour la tenir au secret. Ce n'est que bien plus tard qu'elle apprit qu'on la menait à Dijon. Ce qui la fâchat beaucoup. La fureur la suffoqua lorsqu'il fallut l'amener au château sous les clefs du duc de Bourbon, son neveu. Sa rage extrème finit par se renfermer en elle-même. Elle était très étroitement surveilée. Ses deux fils Dombes et Eu furent exilés à Eu et Melle du Maine fut envoyée à l' abbaye de Maubuisson.
Sur les terres-mêmes de son neveu Louis-Henri !
a santé déclinant, on est obligé de la changer de prison à plusieures reprises.Comment supporter de vivre enchaînée par son propre neveu? Louise-Bénédicte en rage plus que de la prison elle-même. Ses fils Dombes et Eu sont envoyés à Gien, sous la garde de leur gouverneur; Mlle du Maine, qui touche onze ans, est retournée à l'abbaye de Maubuisson. Louise sait qu'on ne les y inquiétera pas, mais n'en tire aucun réconfort. Elle dépérit, se fane; une mauvaise toux la travaille, ses dents pourrissent, elle ne dort plus. Transférée à Châlon, la santé de la duchesse pourtant tarde à se rétablir. Son Altesse souffre du mal d'ennui, qui est pour les gens de son tempérament le pire des poisons. Même son confesseur est à la solde du Régent. Elle ne colère plus, elle se désespère et de tout son coeur appelle la mort. Et on la change à nouveau de résidence pour l'été 1719. Le château de Savigny-sous-Beaune devrait convenir. On lui donnera aussi une voiture, pour se promener dans la campagne, et des gens en supplément pour la servir. Cela n'est pas tout. Les conjurés que l'on tient enfermés à la Bastille ont pour la plupart avoué. Si Mme du Maine consent à envoyer au Régent la confession complète de ses fautes, on la relâchera. Le 14 décembre 1719, Louise-Bénédicte remet à La Billarderie la déclaration demandée.

" J'ose vous supplier avec les dernières instances de remettre M. du Maine en liberté. Je me flatte qu'après le témoignage que je vous rends dans mon mémoire de son innocence, il ne vous restera aucun doute sur ce qui le regarde"« Je dois une justification authentique à M. le duc du Maine, qui me tient infiniment plus à coeur que ma liberté et que ma propre vie. C'est qu'il n'a jamais su le moindre mot de toutes ces intrigues, que je me suis cachée de lui plus que de personne au monde, que je lui ai toujours dit que mon commerce avec M. de Laval n'avait été fondé que sur les affaires qui regardaient son rang, et que nous nous contentions, lui et moi, de parler des affaires du temps sans qu'il fût question d'aucune cabale. Je lui ai dit la même chose sur M. de Pompadour, et lorsque M. du Maine entrait dans ma chambre dans le temps que je parlais avec ces messieurs de ces sortes d'affaires. nous changions de discours. J'avoue que j'ai dit témérairement à l'ambassadeur d'Espagne que le roi son maître pouvait être assuré de M. du Maine: mais je déclare que je l'ai dit de moi-même, et sans qu'il m'en ait jamais parlé. Je dois même dire que M. du Maine m'a défendu plusieurs fois de voir MM. de Pompadour et de Laval, par la crainte qu'il avait qu'ils ne m'embarquassent dans quelques intrigues. Je n'aurais pas attendu si tard à rendre à M. du Maine la justice qui lui est due, si je n'avais eu à accuser que moi seule. J'ai donc été obligée d'attendre que je trouvasse un moyen de faire savoir à M. le Régent le désir que j'avais de me confesser entièrement à lui, pour lui marquer mon véritable repentir; ce sous la condition qu'il aurait la bonté de me donner parole qu'il pardonnerait à tous ceux qui ont eu le malheur d'entrer dans cette affaire; parole qu'il m'a fait porter par M. de la Billarderie, me promet-tant en même temps de me remettre à Sceaux comme j'y étais après le lit de justice de 1718, et de me rendre ses bonnes grâces, que je désire mille fois plus que la liberté »

La manchote, son boiteux d'époux et leurs piètres comparses sont rentrés en grâce. Horn, Mille, Pontcallec, Montlouis, Talhouèt, Du Couèdic, Le Moyne paieront pour eux-tous. Il ne sera pas dit que sous la régence du duc d'Orléans les gens de la noblesse auront impunément fait leur loi.

Son nom:
Elle est appellée ainsi en l'honneur de sa tante Bénédicte de Bavière, duchesse de Brunswick-Lunebourg.
Baptisée à sa naissance Melle d'Enghien, elle recevra en 1685 à la suite de la confisquation par le roi du comté de Charolais, le titre de Melle de Charolais.
Pour le reste c'est la seconde duchesse d'orléans qui affublera le couple de respectivement: "naine manchote" et "bâtard boiteux".
Le terme "poupée du sang" lui sera donné par ses belles-soeurs bâtardes qui si elles n'étaient pas "du sang" , étaient-elles de taille normale.

 
 
Le mariage 
De son mariage avec un fils légitimé du Roi, on dit: " Voici l'union d'un boiteux et d'une manchote. Ah, le beau couple."
Ainsi, durant les semaines qui suivirent les noces, chacun reste tapi, observant l'autre. Puis Maine, promu lieutenant général, rejoignit l'armée. Monseigneur le Dauphin y faisait merveilles, sous qui servait Louis-Auguste. Alors que le gros des dames se mettait en chemin pour suivre le train, Louise-Bénédicte prit le lit en l'Hôtel de Condé en face de Versailles. Fièvre d'épousée, chuchotaient les uns; rougeole, soutenaient les autres. Quelle qu'en fût la cause, le mal dura trois mois, qu'un démon avisé mît à profit pour s'emparer de cette âme et de ce corps affaiblis.

 
 
Louis-Auguste, duc du Maine
Louis-Auguste duc du Maine. (1670-1736)
Blason avec l'aimable autorisation de Arnaud Bunel.
http://perso.wanadoo.fr/jerome.arnaud/

 
Où aller ?
D'abord résidente à Versailles, elle tente dès qu'elle le peut de fuir cette atmosphère pesante et n'ayant que la Place d'Armes à traverser se retrouve chez sa mère en l'Hôtel de Condé. Puis s'enhardissant, elle accompagne sa mari chez lui à Clagny. 

 
Clagny
Propriété qui bordait les jardins de Versailles (et qui aujoud'hui forme un faubourg de la ville). Que ce soit dans l'une ou l'autre de ces demeures, Louise-Bénédicte s'y sent libérée de l'étiquette si oppressante de la Cour.
Tant et si bien que Louise-Bénédicte n'est signalée à la cour de Versaille que lors des grandes cérémonies et aux retour des guerres.
Mais ceci n'a qu'un temps et Louise-Bénédicte veut se donner du mouvement. Elle prend de l'urticaire, à manger toujours les légumes de Clagny, les fraises de Clagny, les écrevisses, les oeufs et les poulets de Clagny. Des migraines à respirer les fleurs de Clagny! Des entorses, sur le gravier de ces maudites allées d'orangers! Elle fait de l'allergie, à n'en pas douter. Les médecins s'inquiètent. Vite, la changer de lieu. Mais où donc aller? 
A Chantilly? Piètre retraite, plaisante société que celle de M. le Prince et de sa pauvre épouse! Chez un dément qui aboie tout le jour! 
À Versailles? Le Roi ne le souhaite pas, pour ce que sa bru s'y tient mal et chagrine Mme de Maintenon. 

 
 
Châtenay
1699, ce sera Châtenay où un des ses ami, Malézieu, l'y invite. Situé sur la route qui va de Versailles à Choisy, c'est en fait une grosse ferme qui borde le domaine de Sceaux. On y vit à sa mode. Si l'Hôtel de Condé ou le château de Clagny ne sont que des dépendance du palais de sa majesté, Châtenay est bien plus éloigné et la liberté est totale. Fêtes, feux d'artifices, jeux, théatre. Tout comme le Grand Condé, son aïeul, qui avait pour les fêtes autant de génie. Si la manchote n'était satanique, capricieuse, violente, elle ferait la plus délicieuse des hôtesses. D'ailleurs, ceux qui viennent à Châtenay reconnaissent à peine l'humble cabane transformée par le secours de décors en carton, en vaste et pompeux édifice. Le dimanche c'est encore plus jour de fête, les bourgeois et gentilhommes du village ainsi que les paysans des alentours sont conviés et chacun danse avec l'autre sans distinction de rang. 
Le Roi ne voit pas de bon oeil ces façons. Son fils au logis est moins considéré que le maître d'hôtel en quartier. Comme il ne se mêle guère aux divertissements et ne monte point sur les planches, on l'oublie. La duchesse en use en veuve richissime.  Ce qui, n'étant point, donne bien du souci à Sa Majesté. Plusieurs fois il en a touché mot à Louis-Auguste. Trop de dépenses, trop de bruit, sa femme à force coulerait le navire. 

 

 
Sceaux
Appartenant aux descandants de Colbert et laissé presque à l'abandon, Scaeux est une demeure royale. Louise Bénédicte se la fait acheter pour la somme de 450.000 livres auquelles il faut en ajouter encore 80.000 pour les statues, les décorations extérieures, les arbustes, les orangers et les bâteaux du canal. Elle ne changerait pas Sceaux contre Versailles. Versailles pue toutes sortes d'infections, l'eau croupie des marais, le moisi des bois trop proches, plus au-dedans, des cuisines aux combles, l'ordure; dames et gentilshommes se soulagent dans les escaliers, derrière les tentures, jusque dans les stalles de la chapelle, les chiens aussi, qui pullulent, partout. En hiver on périt de froid, car les deux tiers des pièces n'ont pas de feu. La manchote laisse à son beau-père le Roi, la grandeur inhumaine; pour elle, elle goûte que l'illusion soit charmante, l'irréel complice et point contraignant. Les jours à Sceaux comme a Versailles sont illusion. Les travaux terminé, c'est en 1703 que la duchesse s'installe. Sa cour, Louise-Bénédicte la veut démarquer et de celle du Roi, et de celle de Philippe d'Orléans. Ni raideur, ni licence; distinguer, attirer, récompenser l'esprit plutôt que le rang ou les appétits charnels. Se divertir certes, et sans répit, mais avec de l'idée, de l'invention. Son mari, le duc du Maine, que tout excès effraie, là-dessus partage son idée. Il priserait assez qu'on recherchât son logis comme le refuge du bon ton. 
La consécration vient en décembre 1700 lorsque le roi décide que les adieux à son petit-fils Philippe, devenu Felipe V d'Espagne se feraient au château de Sceaux.
A Versailles la majesté; au Palais-Royal la débauche; à Sceaux l'intelligence tout aimable, dans la tradition de l'hôtel de Rambouillet. Hélas! La duchesse de la mesure n'a pas le moindre sens: à force de fioritures, de colifichets de travestissements, elle mine le beau visage, digne et souriant, que sa cour pourrait avoir.

 
La conspiration de Cellamare
Les acteurs: Louise-Bénédicte, bien sûr, quelques fidèles de la Mouche, quelques opposés au Régent, le Marquis de Cellamare ambassadeur d'Espagne en France, Alberoni le "Richelieu" espagnol, Philippe V d'Espagne. 
Le contexte politique: Avec le traité d'Utrecht défavorable à l'Espagne et surtout à son roi qui se voit retirer sa prétention à la couronne de France, une ère de paix s'ouvre en Europe. A l'initiative de l'Angleterre et de l'Empire, une alliance est proposée aux pays européens. Seule la France est indécise. Petit neveu de Philippe V, Philippe d'Orléans ne veut pas se mettre à dos une Espagne très menaçante depuis que son armée et sa flotte ont été réorganisées par le premier ministre, le cardinal Alberoni. De l'autre côté, l'Espagne ne veut pas être isolée et compte sur ses cousins français. (Voir à ce propos le très beau film "Que la fête commence" avec Noiret, Rochefort, Marielle)

Pour Louise-Bénédicte pourquoi ne pas jouer l'Espagnol contre le Régent. Plusieurs scénarios sont envisagés, de toutes façons il faut abattre le parti Orléans, puis si le petit roi survit assurer la Régence par le duc du Maine, soit s'il venait à trépasser proclamer Philippe V roi de France. Celui-ci n'est pas directement dans la confidence mais à coup sûr verrait d'un bon oeil d'être le roi du plus grand empire au monde. Qu'elle puissance, en perspective. Philippe V Roi, il ne pourrait que déléguer les affaires françaises qu'au duc du Maine. La reine des Mouche sera Reine de France !
Les préparatifs sont bien en place, la Bretagne et le Languedoc se soulèvent et les contacts sont pris entre les différentes parties. Mais cela est sans compter avec les espions que le Régent à su placer dans l'entourage de la duchesse. Le duc du Maine lui-même le premier intéressé n'est pas très chaud. Lors de la discussion au conseil de la participation de la France à l'Alliance, il veut la rejeter. La France et l'Espagne seraient réconciliées et la conspiration s'éteindrait d'elle même. Mais devant la réaction du reste du Conseil , il dût s'incliner. La Mouche dorée ivre de vibrillônner sans relâche, la duchesse du Maine ne pèse en rien la gravité des enjeux. Toujours elle joue, hier au théâtre aujourd'hui à la conspiratrice. Mais de son aïeule Anne-Geneviève, elle n'a ni la beauté ni la finesse politique mais se sent néanmoins la digne héritière. Elle sera l'âme d'une seconde Fronde; sur les ruines du Royaume elle reconstruira sa maison, plus magnifique encore qu'elle ne l'était du temps où le feu Roi veillait sur son mari. Mais le roi d'Espagne n'est pas dupe. Il ne travaillera pas avec les conjurés. Il est d'accord pour une insurrection qui affaiblirait la France mais ne veut s'engager sur rien qui concerne d'éventuelles nominations à des postes clefs. Le courier transportant les lettres de Cellamare est arrêté. Confronté à ses écrits, l'ambassadeur ne peut nier et est arrêté le 9 décembre 1718. Ceux-ci apportent également la preuve de l'implication des Maine. Mais le duc parvient à se disculper n'étant pas au centre du complot. Mais cela n'empêche que le 29 décembre 1718 il est, comme Louise-Bénédicte qui est emmenée à Dijon, assigné à résidence.


 
Reconstruire
À Sceaux la vie a repris comme si l'épisode de Cellamare n'avait jamais été. Six ans, déjà, que le duc et la duchesse sont rentrés en grâce. De leur mésaventure leur reste seulement un poids à l'âme, comme au matin quand on tâche à chasser un méchant songe...La manchote a savamment manoeuvré. Car au sortir de prison, en janvier 1720, l'avenir ne prêtait pas à rire! Quand ses équipages avaient stoppé dans la grand cour de Sceaux, l'impératrice Ludovise avait dû ravaler sa rage et cacher sa honte. Point de mari, point de fils, point de fille pour l'accueillir. Seule elle avait soupé, seule elle s'était couchée. Pas même de précieuse Rose Delaunay pour lui faire la lecture; la sotte qui s'obstinait à ne rien avouer croupissait toujours à la Bastille. Le Régent avait libéré les autres dès le 5 janvier, hors Richelieu et Malézieu, qui attendaient leur élargissement pour le mois de février. Ah! les cruelles journées. sans visite, comme oubliée de tous. Pis que la prison, ce silence! M. du Maine boudait à Clagny, et bien qu'elle l'eût disculpé dans ses aveux, il refusait de la voir ni d'entretenir aucun commerce, et gardait jalousement auprès de lui ses fils, Dombes et Eu, défendant qu'ils la visitassent même pour un moment. Voulait-il donc, après les terribles épreuves de la captivité, la tourmenter encore? Elle ne réchapperait pas à la honte de se voir publiquement désavouée par son propre mari. La cour entière devait se gausser d'elle, moquer la reine abeille qui ne régnait même plus sur son bourdon boiteux! Cette seule idée la tuerait à petit feu, comme la plus cruelle des tortures. Des mois et des mois elle avait, patiemment, usé la résistance du duc. Plus question de tempêter, d'exiger, de menacer; elle implorait, elle pleurait de lourdes larmes, elle en appelait à la charité chrétienne du bourreau qui, s'il s'obstinait, la conduirait au tombeau. Anne de Bavière, sa mère, intercédait en sa faveur, et aussi son confesseur, et encore son médecin. Louis-Auguste ne voulait rien savoir. Il ne lisait pas les bulletins de santé qu'on lui portait chaque jour depuis Sceaux, et raccompagnait civilement à son carrosse qui lui venait causer de sa femme. Ses affaires s'arrangeaient, le Régent l'avait en juillet 1721 rétabli dans ses charges, il commandait à nouveau les Suisses, l'artillerie, les carabiniers, à la cour on le réclamait, le passé semblait tout de bon effacé.
Pourtant il ne démordait pas sur le point de revoir son épouse. Si bien que la duchesse, à court d'expédients, s'en fut trouver Philippe d'Orléans pour le prier de s'entremettre. En vain, à elle de replâtrer la cruche qu'elle avait mis tant d'ardeur à briser. Le duc du Maine n'eût point été lui-même si à la longue, sa rancune ne s 'était lassée. Un matin, Mme la Princesse s'en vint à Clagny en voiture. Comme son gendre la saluait, elle lui annonça que pour le tirer de sa solitude, elle avait mené avec elle quelques dames d'aimable compagnie, et que dans le temps il avait fort prisées. Intrigué, Louis-Auguste se pencha par la portière du carrosse. Louise-Bénédicte, qui tout le temps du bonjour s'était tenue tapie, sans plus de retenue lui sauta au cou. Allait-il la renvoyer, la gifler publiquement en refusant de la recevoir dans cette maison où ensemble ils avaient logé au début de leur mariage? Il n'eut pas le coeur assez ferme pour cela. Puis tant d'acharnement à le vouloir rejoindre l'émut; il y vit, sinon un sentiment auquel il ne pouvait plus croire, du moins une marque d'intérêt qui le flatta assez. Cette femme-là l'avait tant raillé, tant humilié. Il se sentait l'âme encline au pardon. Tirer parti de sa force présente, prolonger l'épreuve? Il n'était pas homme à jouir de la souffrance d'autrui, fût-ce par juste vengeance. Plier ainsi la fière Condé ne lui mettait au coeur aucune fierté. Qui verrait Sceaux se croirait transporté dix ans en arrière. Au premier regard, rien n'a changé. Le duc travaille, retiré dans sa bibliothèque, visite ses fils, qu'il a installés dans le joli corps de bâtiments qu'on nomme « petit Sceaux », admire, compte et range avec sa fille les tabatières précieuses qu'il collectionne avec passion. La duchesse, encore et toujours, joue l'enfant. Autour d'elle les visages ont changé, mais c'est la même pièce qu'on donne sous d'autres noms. La prêtresse Ludovise costumée en bergère tyrannise ses « bêtes » comme elle régentait autrefois les chevaliers de l'ordre de la Mouche à miel. Polignac, qui ne pardonne point à Mme du Maine de l'avoir compromis, boude dans ses terres, mais le cher, le fidèle Malézieu est là, toujours frétillant, toujours complaisant toujours épris.

Elle s'éteind le 23 janvier 1753 en l'Hôtel du Maine, rue de Varennes (aujourd'hui Hôtel Biron et musée Rodin.)


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