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Les Aventures des 
Bourbon-Condé & 
Bourbon-Conti
The Adventures of the 
Bourbon-Condés &
Bourbon-Contis
Louis-Henri I (1692-1740)
Duc de Bourbon.

Ses parents: Louis III et mademoiselle de Nantes.
Sa soeur: Louise-Elisabeth
Ses frères: Charles comte de Charolais et Louis comte de Clermont. Il a d'abord épousé (1713) Marie-Anne, Melle de Conti mais c'est de son deuxième mariage en 1723, avec Caroline de Hesse-Rheinfels-Rotenburg qu'il aura un fils: Louis-Joseph

Louis-Henri I
Il était de taille normale ce qui est à souligner dans la famille Condé car l'héritage génétique de Claire-Clémence avait souvent donné aux membres de la famille une très petite taille. Par contre les dérangements mentaux étaient restés, bien qu'allant en s'amenuisant au fil des générations. Le prince avait un visage osseux et la voix rauque. Louis-Henri était, jusqu'à la mort de son père, duc d'Enghien, le Roi agréa ensuite qu'il reprît le titre de M. le Duc. Un étrange oiseau, fort haut, osseux, maigre comme un éclat de bois, le corps voûté, très court, les jambes longues comme une cigogne, point de mollets, les yeux horriblement rouges, des joues creuses, un menton si long qu'on ne croirait pas qu'il appartient au visage, de grosses lèvres: bref d'une laideur comme même à la cour on en rencontre peu. Avec cela beaucoup de vigueur, du talent pour les exercices du corps plus encore que pour ceux de l'esprit, des connaissances et une grande application aux affaires.À dix-huit ans il reçoit toutes les charges et gouvernements que, voici deux ans, son père Louis III avait hérités de M. le Prince. A 23 ans il entre au conseil de régence. Il s'allie au régent contre sa tante Anne-Louise-Bénédicte qui manoeuvrait pour la garde du rang de prince du sang pour son mari le duc du Maine.
1713, à la signature du traité d'Utrecht qui voit la France renoncer à ses prétentions sur le trône d'Espagne, Louis-Henri écrit au roi que "nul ne dispose du droit de prétention que Dieu lui-même et qu'il n'appartient à aucun roi de décider qui doit succder à qui."
Le Prince et les Bâtards.
Il monte à l'assaut du Régent qui semble traîner des pieds. 
"Monsieur à la fin tiendrez-vous votre parole?
- Doux, mon cousin, pourquoi vous échauffer de la sorte? Je connais quelle faim vous avez de rabaisser les princes légitimés vos oncles. Je connais aussi que du temps que je prétendais à la régence je vous ai promis mon appui. 
- Tat-ta-ta! Vous ne me ferez plus patienter avec vos beaux discours. Vous me donnez cent paroles et n'en tenez pas une. Etes-vous donc aveugle et sourd pour ne vous alarmer point des calomnies que sur vous répandent les gens de Sceaux?
- Les picoteries m'indiffèrent.
- Dites plutôt que vous vouliez ménager votre femme, que sur toutes choses on voit plus bâtarde encore que ses frères!
- Surveillez vos propos. Monsieur. Que vous soyez mon parent et mon allié n'autorise pas ces privautés. Vous dois-je rappeler que Mme la Duchesse votre mère est soeur de mon épouse? Quand on a une marquise de Montespan pour grand-mère on ne se met pas le bouton si haut. Prenez-le autrement, ou vous me fâcherez tout de bon."
L'épouse: Caroline de Hesse
- Rheinfels à 23 ans
(1714-1741)
Les Duchesses.
Philippe d'Orléans n'en peut plus des piaillements de ce vilain oiseau de Condé. Pour se l'attirer avant la séance du parlement qui devait trancher de la régence, il lui a promis d'obtenir, sitôt qu'il aurait le pouvoir, la cassation des actes de 1714 et 1715 conférant aux légitimités droit à succéder et rang de princes du sang. Mais le geste lui répugne si fort qu'il ne peut se résoudre à l'accomplir. Philippe ne veut pas peiner son épouse, qui, mal aimée de ses enfants, compte ses frères pour sa famille véritable. Puis ces bâtards ne le menacent pas tant qu'il faille si radicalement les dépouiller.Le Régent voit clairement l'affaire. Cette querelle ne se soutient que par une haine de femmes. Dans un camp Mme la Duchesse, veuve de Louis III et dans l'autre la duchesse du Maine. La première, devenue par mariage toute princesse du sang, poussant ses fils; la seconde, née princesse du sang et ardente à le rester, harcelant son mari et ses fidèles de la Mouche.En fait l'histoire remonte à plus loin encore. A la mort de Henri-Jules, le dément bourreau de l famille, on avait mis des mois pour dresser l'inventaire de ses biens et démêler les fils de la succession. Le noeud étant que Louis III, le Singe vert ne pouvait prétendre au gâteau tout entier; ses soeurs, dont la très gourmande duchesse du Maine, à grands cris réclamaient leur part. Or Louis III l'avait déjà depuis longtemps encaissée. Il n'en faut pas plus pour que frère et soeurs se vouent une haine implacable. Celle-ci continue bien évidemment à l'encontre du fils.
La Victoire.
Après la révocation des édits instituant les légitimés comme successeurs au trône si les branches légitimes venaient à disparaître. Louis-Henri veut les abattre tout à fait. Il en veut à la surintendance de l'éducation du Roi. Cette charge revient au premier prince du sang et qui mieux que lui peut-y prétendre.Philippe d'Orléans, sous ses dehors inconséquents, est homme prudent et politique avisé. Pour décrocher la régence il a flatté le parlement. Cette fois il lui faut contre ses anciens alliés l'appui des princes du sang et des ducs et pairs. Or il sait bien que celui qui demande doit donner en retour. Aux pairs la suppression de l'odieux rang intermédiaire, à ce corbeau de Louis-Henri, la surintendance de l'éducation du Roi. Et l'affaire est entendue. Puis c'est le coup de grâce: si le duc du Maine n'a plus que ses droits liés à sa pairie, le Maréchal de Villeroi qui est de pairie plus ancienne ne peut servir sous ses ordres. La demande est juste, à l'évidence, puisque le Régent a promis, tout le monde s'incline. Cela rend le clan Maine furieux. Il faut y trouver les ferments de la conspiration de Cellamare menée par Anne-Louise-Bénédicte. Lorsque celle-ci sera découverte, les Maine seront emprisonnés. Comble de revanche, la reine des Mouche le sera sur les terres mêmes de Louis-Henri; d'abord à Dijon puis à Châlons. Mais cela ne suffit pas au prince, il lui faut la tête du boiteux. La prison on en sort toujours. Si fait, les epoux conjurés seront libérés après un an de captivité. Entretemps, Louis-Henri aura fini de dépouiller le fils boiteux de Louis XIV en reprenant la charge de grand maître de l'artillerie.
Le duc de Berry, maladroit comme à son habitude, lui creva un oeil lors d'une partie de chasse.S'étant enrichi grâce au système de Law, il provoqua la chute de celui-ci en se faisant rembourser soixante millions en or. Cela entraîna le discrédit du système et tout l'édifice s'écroula. Si bien que la France se relèvera plus pauvre qu'avant avec bien sûr ses exceptions. Soixantes millions pour Condé, cinq pour Louis-Armand II de Conti. Un jour qu'il se vanta de sa fortune quelqu'un lui dit que "s'il avait l'argent ses ancêtres avaient la gloire". Bien qu'intelligent, il était plutôt insouciant et laissa ses amis financiers gouverner en son nom.
La mort du Régent.
Le Roi pleure à chaudes larmes sur l'épaule du duc de Bourbon, ce corbeau borgne qu'à l'ordinaire il fuît du plus loin qu'il le voit!Sa Majesté pleure, et M. le Duc, surintendant de son éducation et premier prince du sang, jubile. Enfin le pouvoir s'offre à lui: le duc d'Orléans est mort dans la nuit du 2 décembre 1723. On ne peut s'attaquer à tout à la fois. Mme la Duchesse, sa mère, n'est pas si folle que d'exiger de lui qu'il démolisse pierre à pierre tout ce qu'en huit ans de régence l'Orléans a construit. Mais s'il sied de gérer sans aigreur l'héritage, il faut savoir aussi regarder l'avenir. Si le jeune Louis XV, qui n'est pas bien fort, venait à mourir, qu'adviendrait-il du clan Condé? Dans l'ordre de succession au trône, c'est le duc d'Orléans, fils de feu le Régent, qui coifferait la couronne, et ses enfants légitimes après lui. Ne resterait plus à M. le Duc et aux siens que Chantilly, pour y planter leurs choux. M. le Duc l'a devancé auprès du Roi, qui sur sa prière lui a remis le pouvoir. Le Bourbon ne peut être Régent, puisque Sa Majesté a passé treize ans, mais il est tout à la fois surintendant de l'éducation, Premier ministre et premier prince du sang. Sonne le glas pour les Orléans. La scène maintenant appartient aux Condé. Mme la Duchesse va prendre sa revanche sur la soeur cadette à qui depuis trente ans elle doit céder le pas. Que son fils, n'entend rien aux affaires, que le peuple le haït? Elle s'en moque. 
Les affaires d'Espagne
Voilà beau temps que les Condé mijotent de rompre ces mariages espagnols qui auréolent d'une gloire insolente la maison d'Orléans. Qu'on songe seulement que le 9 février 1724, Philippe V ayant abdiqué en faveur du prince des Asturies, la duchesse d'Orléans, ainsi qu'elle l'avait rêvé, s'est réveillée mère d'une reine! Heureusement cet éclat-là a duré à peine ce que tiennent les feuilles sur les arbres: après sept mois de règne, Louis 1er d'Espagne est mort. et Mlle de Montpensier son épouse a dû s'en retourner en France. Mais, jusqu'à son jour dernier, cette pécore qui rote si volontiers au nez des gens tiendra à la cour rang de reine, dont rien ne la pourra faire déchoir. Et cela, dont Mme la Duchesse et ses filles enragent, n'est pas le pire! Le roi Philippe V, qui à l'appel de ses peuples a repris du service, ne compte pas rester longtemps assis sur suri siège doré. Sa retraite lui manque cruellement; sitôt que son second fils. Don Carlos. sera en âge. il s'en ira derechef. Or l'Infant a pour femme la cadette de Louise-Elisabeth de Montpensier, Mlle de Beaujolais, neuf ans, qui a autant de grâces que la reine veuve, son aînée, montrait de laideurs. Ainsi la duchesse d'Orléans. qu'on nomme maintenant douairière de ce que son fils s'est marié, retient-elle d'une main ce que de l'autre, avec la mort de son premier gendre, elle a perdu... 
Le mariage du Roi.
Louis-Henri fulmine. C'en sont assez d'affronts, il ne souffrira pas plus longtemps que le triomphe des Orléans porte ombre aux Condé. Il lui fera manger la poussière à cette famille de glorieux! Et sans attendre, car le Roi à tout moment peut prendre une autre fièvre, une maligne cette fois, une qui l'emportera. Il faut ancrer l'arbrisseau Bourbon dans le sol. M. le Duc a bien une idée mais elle est audacieuse... Audacieuse, mais combien séduisante! Beau-frère du Roi! Joli titre, assurément! D'ailleurs, si Sa Majesté ne veut pas de Henriette, Mlle de Vermandois, on peut aussi lui proposer Elisabeth, Mlle de Sens, tout juste vingt ans, et la plus jolie figure de la cour. M. le Duc au ministère, Mme la Duchesse mère de la Reine, voici qui poserait avantageusement le clan Condé. On verrait bien si les Orléans riraient encore! 
Mais le Régent était mort, le duc de Bourbon lui avait succédé, et tout était changé. Le Régent pouvait laisser le temps au temps et ne point précipiter le jeune roi dans un mariage précoce. Si par malheur, la maladie venait à enlever l'ultime descendant de Louis XIV, c'est lui, duc d'Orléans, qui ceindrait la couronne. Parvenu aux affaires, le duc de Bourbon, ou M. le Duc, comme on disait à la cour, devait penser différemment. Si le roi mourait, c'est le fils du Régent qui monterait sur le trône. Ce garçon un peu niais allait faire rire tout Paris par ses exagérations de bigoterie. Surtout, les maisons de Bourbon et d'Orléans se vouaient une haine vigilante et M. le Duc répugnait à l'idée de devenir le sujet d'un prince de la maison rivale. Si le Régent ne voyait aucun inconvénient à l'âge tendre de l'infante, qui écartait pour longtemps la possibilité d'une progéniture royale, M. le Duc lui en trouvait beaucoup.
Pouvait-on renvoyer l'infante?

Trop séduisant; Mme de Prie, qui sur son galant tient à conserver son empire, ne goûte pas du tout cette combinaison-là; elle veut une Reine choisie par elle seule, qui par reconnaissance lui soit entièrement soumise. Une Condé tirerait à elle le manteau, et lui tiendrait la dragée haute. Il faut, trouver quelque princesse bien obscure, une manière d'Elisabeth Farnèse sans le tempérament. Et pourquoi pas la fille du roi de Pologne, Stanisias Leczinski? Un souverain détrôné, ruiné; une princesse de vingt-deux ans, douce et conciliante, sans beauté ni fortune. Tout juste ce qu'il sied, point besoin de chercher davantage. M. le Duc n'est pas si mauvais qu'on le dépeint; il a le caractère vrai, et cherche le bien du Royaume autant que ses lumières le lui permettent. Le tracas est que ses lumières sont extrêmement courtes. Et quand Mme de Prie parle, la passion que pour elle il éprouve les éteint tout à fait. En aveugle confiant, il ne voit plus que par les yeux de sa maîtresse. Sa déesse le presse de couronner la Polonaise? De bonne grâce il sacrifie l'alliance qui aurait fait la fortune de sa maison. Qu'on envoie quérir Marie Leczinska, et que sans tarder on la fourre dans le lit du Roi. 
Agnès Berthelot de Pléneuf, Marquise de PrieEn fait, Louis-Henri, qui était veuf, envisageait d'épouser lui-même Marie. mais ses approches restaient si discrètes et si peu suivies que Stanisias n’osait trop croire à une union qui lui semblait inespérée. Non pas que M. le Duc fût homme à faire rêver les filles: à trente-trois ans, la voix rauque, il promenait sur des jambes d'échassier une maigre carcasse bossue sommée par une figure laide à faire peur, et borgne. Sa betise était proverbiale Mais un prince du sang, Premier ministre, et point sot en matière d'argent puisqu'il avait su réaliser de faramineux bénéfices sur le système de Law, faisant retirer de la banque de l'or à pleines charrettes juste avant l'effon-drement des actions. Il était entièrement dominé par sa maîtresse, la marquise de Prie, fille d'un munitionnaire aux armées, aussi belle qu'il était laid, aussi intelligente qu'il était borné, ambitieuse pour deux, amie et protectrice des artistes et des écrivains - déjà une Pompadour. 
Mme de Prie (Agnès Berthelot de Pléneuf, Marquise de Prie) jugeait que Marie Leszcynska ferait une excellente épouse pour M. le Duc; sa beauté modeste et son caractère réservé ne porteraient pas ombrage à la maîtresse en titre.
Stanislas estima avec bonheur que la grande affaire avan-çait soudain bon train quand débarqua à Wissembourg. le 24 février 1725, le peintre Pierre Gobert portraitiste des grands de ce monde. Il était envoyé par la marquise de Prie pour faire en hâte le portrait de Marie. Pour Stanislas, nul doute que M. le Duc voulait savoir à quoi ressemblait sa future épouse, qu'il n'avait jamais rencontrée. La marquise fit connaître ensuite que le portrait avait été apprécie
Le lundi 2 avril, un courrier apporte à Stanislas une lettre au cachet de Louis-Henri. Le roi en exil y découvre que le duc lui demande la main de sa fille non pas pour lui mais pour le roi Louis XV. Il tombe évanouï.

Pour tout le monde, le mariage était l'oeuvre de M. le Duc et de Mme de Prie, trop heureux de donner au roi une obscure princesse qui, leur devant entièrement aa fabuleuse ascension, serait docile à leurs volontés. Des vers circulaient où, parodiant L'École des femmes, la marquise de Prie disait à la future reine:

Notre roi vous épouse et, cent fois la journée
Vous devez bénir l'heur de votre destinée.
Contemplez la bassesse où vous avez été
Et du prince qui m'aime admirez la bonté
Qui de l'état obscur de simple demoiselle
Sur le trône des lys par mon choix vous appelle...
 
La disgrâce
Le Roi est las d'héberger dans sa Cour de si gourmands parasites que le clan Condé. M. le Duc, encore, par égard pour Mme la Duchesse, le Roi s'en accommoderait; mais souffrir aussi que Mme de Prie, et son satan de Pâris-Duverney lui sucent le sang, cela, il ne le veut plus. Sa Majesté touche seize ans, qui est l'âge d'imposer sa loi. Le corbeau de Bourbon, qui depuis trois ans qu'est mort le Régent rapine la France, se croit irremplaçable, immuable? D'autres ont perdu leur tête pour tant de forfanterie. Si au moins il se faisait respecter et aimer par une sage gestion des affaires publiques! Mais après s'être engraissé de l'or des épargnants, il trafique sur les grains, et comme au beau temps de Law ne songe qu'à s'enrichir. Le prudent Fleury le regarde faire d'un oeil tranquille; Son Altesse Sérénissime le duc de Bourbon, ou comment se saborder sans recours...Au petit lever, pendant l'étude des dossiers, au moment du bonsoir, l'ancien précepteur de Sa Majesté glisse une remarque, puis une autre, sans paraître y songer. L'élève comprend fort bien ces leçons-là. Il le sait, le moment approche où Il lui faudra choisir. Fleury ou Bourbon? L'oncle ou le mentor? Louis dans son coeur a tranché; personne n'en sait rien encore; même, surtout pas la Reine, qui se jetterait à ses pieds Si elle pénétrait son dessein. La Reine, la tendre Reine, la première femme aimée, à qui depuis son mariage il n'a rien refusé. La douce Marie, toute acquise à M. le Duc, toute contraire à ce Fleury qui sous le manteau travaille à obtenir la disgrâce de Mme de Prie. La chère Marie pleurera, mais n'est-ce pas là le lot de toute épouse? Le 12 juin 1726, le carrosse royal attend dans la cour carrée de Versailles, pour mener Sa Majesté à Fontainebleau. Il est trois heures, le Roi sort de dîner, il semble de belle humeur. Sur l'escalier, jovial, il prend le bras de M le Duc « Monsieur, venez de bonne heure. Je vous attendrai pour jouer et ne commencerai pas sans vous. » Le Bourbon se rengorge. Sa Majesté fait décidément le plus aimable neveu qui se puisse concevoir. Quatre heures plus tard, comme M. le Duc s'apprêtait à rejoindre le Roi, le duc de Charost, capitaine des Gardes, lui vient remettre une lettre de cachet. Le vilain corbeau ne croassera pas ce soir à Fontainebleau, ni demain à Versailles, ni de sitôt à la cour. Dans l'instant il doit gagner Chantilly pour n'en plus bouger que le Roi ne l'ait expressément autorisé. Mme de Prie est déjà sur la route de l'exil. Sur les murs de la capitale, on s'en donne à coeur joie: 
"Il a été perdu depuis peu, sur le chemin de Paris à Chantilly, 
une grande jument de prix que suivait un cheval borgne. 
Gare à qui les ramènera, leur maître n'en veut plus !"
Ayant accumulé les maladresses, telles que la taxe au cinquantième, qui était une taxe sur les biens de la noblesse et du clergé qui ne pouvait être levée, la création d'une milice en vue d'une guerre contre l'Espagne et l'Autriche, des déclarations vigoureuses contre les protestants, tout ceci fait qu'il est remplacé par Fleury. Trois ans après la mort du Régent, le glas sonne maintenant pour la maison de Condé. Quels espoirs, quelles ambitions Mme la Duchesse pourrait-elle nourrir désormais? Du crédit elle en a, mais seulement comme parente, c'est dire bien peu. Pour n'avoir su tirer son fils des griffes de la Prie, elle a manqué la chance qui s'offrait de faire du Roi son gendre. Et voici que M. le Duc n'est plus même Premier ministre. Mme la Duchesse l'avait prédit: les eaux dormantes sont les plus traîtres. M. le Duc à force d'y barboter sans gêne en a remué le fond. Il ne faut point s'étonner que les sables l'aient englouti...A la fin de sa vie, il se retirera à Chantilly où il se consacrera à des travaux scientifiques, notamment la chimie et l'histoire naturelle. Il restera jusqu'à sa mort Grand Maître de l'Ordre des Chevaliers du Temple, qui avait survécu dans l'ombre depuis sa condamnation au 13ème siècle. (Voir à ce sujet la très belle série télévisée, les Rois Maudits). Il y avait succédé au duc du Maine son ennemi qui était mort en 1736. Louis-Henri sera suivi à cette fonction par le prince de Conti, Louis-François.
Louis-Henri croyait se réincarner en cheval. Il n'eut dès lors de cesse de donner aux équipages de chasse de son domaine de Chantilly les plus belles écuries qui fussent jamais. Après seize ans (1729-1735) de titanesques travaux, l'architecte Jean Aubert livra de somptueux et monumentaux bâtiments aujourd'hui considérés comme l'un des fleurons de l'architecture classique française. Les Grandes Ecuries à Chantilly qui abritent aujourd'hui le Musée Vivant du Cheval. 

Il est aussi à la base de la manufacture de porcelaine et de l'hospice de Chantilly. Avare comme à son habitude, il fait régler les embellissements de Chantilly par l'administration des Bâtiments du Roi. Ainsi pendant son ministère sous  Louis XV il fait exécuter plusieurs tableaux sur ce compte.
Une rumeur circule quant à sa mort qui n'aurait peut-être pas été naturelle, aucune archive confirmant cette rumeur n'a pu être trouvée.


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Créé et mis en page par Denis Van den Broeck
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