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Les Aventures des 
Bourbon-Condé & 
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The Adventures of the 
Bourbon-Condés &
Bourbon-Contis
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Louis II (1621-1686)
Duc d'Enghien, Prince de Condé, Le Grand Condé

Ses parents: Henri II et Charlotte de Montmorency. 
Son frère et sa soeur: Anne-Geneviève et Armand
En 1641, il épousera contre son gré une nièce de Richelieu, Claire-Clémence de Maillé-Brézé dont il aura un fils, Henri-Jules


 
Année Evenements Âge
1621 Le 8 septembre, naissance à Paris 
1629 Collégien chez les Jésuites 8
1636 Campagne de Picardie 15
Gouverneur de Bourgogne ad interim
1638 Naissance de Louis XIV 17
1641 Mariage à Paris 20
1643 Mort de Louis XIII 22
1643 Rocroi 22
1645 Fribourg - Nördlingen 24
1646 Campagne des Flandres 25
1646 Mort de son Père 25
Lerida
1648 Ypres 27
Traité de Westphalie
1649 1ère Fronde (du Parlement) 28
1650 Prison 29
1651 2ème Fronde (des Princes) 30
1652 Condamnation à mort - Exil 31
1658 Bataille des Dunes 37
1659 Traité des Pyrénées 38
1661 Mort de Mazarin 40
1667 Campagne d'Allemagne 46
1668 Franche-Comté 47
1674 Seneffe 53
1676 Retraite à Chantilly 55
1686 Mort à Fontaineblau 65

 
Le Prince de la Guerre
Rocroi (1643) 
Après avoir subi le baptème du feu lors de la campagne de Picardie, le jeune Louis est à la veille de son jour de gloire.
Le jeune Louis n'a que 21 ans et se voit confier la direction des opérations sur le terrain de Rocroi. Mais en fait il est conseillé par de vieux routiers de l'art militaire: L'Hôpital et Gassion, sous les ordres duquel il avait fait son entrée dans la carrière militaire.
La bataille de Rocroi est engagée suite à la prise de la ville par Francesco de Melo. A la tête de ses invincibles Tercios, il entend bien séparer les trois armées françaises: celle de Picardie, et celle de l'Est. Son but était de descendre la vallée de la Marne et s'élancer vers Paris. Il eut le tort de croire qu'il avait toujours à faire avec les médiocres militaires d'antan. 
Quelques jours avant la bataille Louis apprend la mort du Roi Louis XIII, rappelé à Paris par son père, il refuse de quitter l'armée. 
Louis XIII à l'agonie eut un sursaut et dit au père de Louis, Henri II le rêve qu'il venait de faire: 
"Je rêvais que votre fils était venu aux mains avec les ennemis; que le combat était fort rude et opiniâtre et que la victoire a longtemps balancé; qu'après de nouveaux combats elle est demeurée aux nôtres".
La bataille de Rocroi scelle la fin d'une époque, celle des guerre de Religions. Tout se joue encore entre les provinces protestantes d'Allemagne soutenues par la France et la Maison de Habsbourg championne du catholicisme avec ses deux branches: autrichienne et espagnole. C'est aussi la dernière fois qu'une guerre est déclarée avec le fatse d'antan, héraut, trompettes, etc.
En fait Louis a déjà compris que son avenir et sa gloire demandent des actions d'éclat. Sa témérité et son jusqu'au- boutisme ne s'expliquent que par le fait qu'avec le nouveau règne du très jeune Louis XIV il doit pendant la régence ne pas se faire dépasser par les évènements. S'il rentre victorieux il poura se présenter comme garant de l'intégrité du royaume et en tant que premier prince de sang, le trône n'est pas loin. Un très jeune roi, et le duc d'Orléans sans héritiers mâles seulement l'éloignent du poivoir suprème. Peu de choses en effet.
Sur un plan militaire, si Turenne n'est pas à Rocroi, Louis n'en est pas moins très vite comparé à lui. Louis est aggressif, audacieux, et plein de panache; Turenne est calculateur, prudent et patient. Louis ne regade que le résultat qu'importent quelques vies de perdues? Tant chez l'ennemi que dans ses propres rangs.
Victorieux tant sur le terrain militaire qu'en politique (peut-être la seule fois) Louis doit bien vite déchanter. Après avoir poursuivi les Espagnols jusqu'en Lorraine où ceux-ci capitulent, son armée est dissoute. Rentré à Paris, il se heurte à Mazarin qui lui aussi a compris tout le bénéfice qu'un Condé pouvait  gagner d'une nouvelle gloire. Les honneurs espérés ne viennent pas et finissent de mener le jeune Louis sur la pente dangereuse de l'opposition au cardinal.
Le 19 mai 1643, cinq jours après la mort du roi, il parvient à écraser la redoutable infanterie espagnole grâce à une manoeuvre audacieuse. Cette première victoire fait sa gloire, et est le prémice de nombreuses autres : la prise de Thionville en août, celle de Sierk en septembre
Fribourg - Nördlingen
Puis vient la victoire de Fribourg (août 1645) au coté de Turenne. Leur bonne collaboration se conclut par la victoire de Nördlingen (août 1645) face à une armée autrichienne qui vit la mort de leur chef, le maréchal von Mercy à la fin de la bataille. Louis donnera des ordres pour faire graver la tombe du maréchal.
Malade, Louis  ne pourra pas exploiter toute la mesure de sa victoire. Il sert ensuite en Flandre sous les ordres de Gaston d'Orléans et remporte les victoires de Courtrai, Mardyck et de Dunkerque. Ces victoires assurent la stabilité de la frontière nord du royaume.
Il avait une conception très agressive de la guerre qui pour lui n'était pas la victoire mais la destruction de l'ennemi. 
Il est à noter que bien que très versé dans l'art de la guerre, il était incapable de seller un cheval. 
La cour ne récompense toujours pas ce vainqueur, qui va jusqu'à payer ses troupes sur ses propres deniers, mais qui est jugé trop encombrant. Il passe ses quartiers d'hivers dans son domaine de Chantilly, où se trouvent de nombreux artistes qu'il protège. Il y mène une vie libre voire parfois scandaleuse.
L'enfance
Sitôt remise de l'accouchement, la princesse, sa mère, l'emmène chez le prince de Condé à Bouges. Là, il sera à l'abri des intrigues de cour. Il ne faut pas oublier qu'il est le personnage le plus proche de la succession de Louis XIII. Celui-ci n'ayant pas d'enfants et Gaston d'Orléans ne semble pas en vouloir d'autre.
Ce seront les naissances de Louis XIV et de son frère Philippe d'Orléans qui confineront à tout jamais la famille de Condé dans le rôle de branche cadette.

 
La mort du cuisinier
Un vendredi de 1671 à l'occasion d'une visite du Roi à Chantilly, le repas comporte du poisson. Craignant que le poisson n'arrive pas à temps, le maître d'hôtel du Grand Condé, François Vatel se suicida.

 
Les revenus
A la mort de son père en 1646, il devient prince de Condé puis reçoit sa provision de grand maitre de la maison du roi, ainsi que le gouvernement de la bourgogne et accède au conseil. On peut estimer que les revenus du prince proviennent pour une moitié de ses pensions et charges et pour l'autre de ses domaines.

 
 
 

 

Les amours
Sa  passion pour Marthe de Vigean, duchesse de Fronsac (1623-1694) dura jusqu'en 1645. Elle était entretenue par la princesse sa mère par haine pour Richelieu et par sa soeur Anne-Geneviève qui jouait les entremetteuses. 
Deux ans de moins que Louis, elle était belle et avait de l'esprit. D'amitié en affection ce fut bientôt pour le jeune couple une passion dévorante. Par contre pour le prince de Condé, son pére, ce n'était pas une bonne chose. Pas tant à cause de la basse extraction de la jeune fille mais les échecs successifs du prince risqueraient d'assombrir le prestige de la famille auprès du Roi. Seul le mariage avec la nièce de Richelieu permettra d'assurer l'avenir.
Louis essaiera mais en vain de faire casser son mariage pour pouvoir l'épouser. 
L'idylle s'éteignit à cause de la jalousie de la jeune fille qui ne supportait plus les jeux de l'amour et les dissimulations qui règnaient à la cour à cette époque et où le prince excellait.
A l'annonce de la rupture, Louis s'évanouit. 
Après deux ans d'hésitation, Marthe entra finalement chez les carmélites et devint Soeur Marthe de Jésus. Elle s'éteignit en 1665 à l'âge de 42 ans. 
Après cet épisode douloureux, Louis n'eut plus que des relations purement physiques avec les femmes et encore très rarement.

 
 
Son père
En 1636, il reçoit du roi la charge de veiller sur le gouvernement de Bourgogne en l'absence de son père. Très attaché à celui-ci, il s'efforçait toujours de lui plaire. Il ne lui écrivait qu'en latin et devait lui demander la permission s'il voulait rédiger en français.
Le traité de Westphalie.
Mazarin l'envoit participer au siège de Lerida, ou il subira un échec. De retour sur la frontière des Flandre, il s'empare de Yspres (mai 1648), et remporte à Lens (août 1648) une victoire décisive sur l'armée espagnole supèrieure en nombre de l'archiduc Léopold. Il vient de sauver Paris, et quelques semaines plus tard, la paix est signée aux traités de Westphalie. Ceux-ci marquent la fin de la guerre de Trente Ans. Les catholiques les signèrent à Munster, les protestants à Osnabrück. La France en sortit agrandie de l'Alsace.
La Fronde du Parlement.
La première Fronde découle de l'envie de la plus haute juridiction du royaume de limiter les pouvoirs royaux. C'est aussi une opposition aux cardinaux Richelieu et Mazarin qui sont 'après le peuple la cause de tous les maux. Le déclic en fut le rejet par le parlement de Paris d'un plan visant à supprimer quatre années de traitement pour les magistrats. Libéré de ses obligation militaires par le traité de Westphalie, Louis se met au service du Roi. 
Lors de la révolte des parlementaires et des magistrats pour laquelle il n'a que mépris, il protège à l'aide de ses troupes la cour en exil malgrè le soutien des siens (sa soeur et son beau frère Longueville, et son frère Conti) aux rebelles. ceux-ci comptent en outre Gondi, cardinal de Retz et le frère de Turenne, le maréchal de Bouillon. Le 8 février 1649, par le combat de Charenton, il investit Paris. Un compromis est finalement signé entre les rebelles et la Régente à Rueil.Après Rocroi et Lens, il vient de sauver le trone pour la troisième fois.
 
La prison.
Il croit alors devenir le maitre de la cour, mais son insolence, son orgueil et sa profonde haine pour Mazarin entraine son arrestation par la régente et le Cardinal, le 18 janvier 1650. A la suite de la levée par les princes Condé, Conti et Longueville d'une armée basée sur les régiments provenant de leurs gouvernements respectifs, la Régente prit sur le conseil du coadjuteur Gondi, la décision de les faire arrêter. Malgré des mises en garde répétées, les princes Condé, Conti et le duc de Longueville se réunirent au Conseil du Roi où ils furent appréhendés. A l'annonce de la réussite de l'opération, Gaston d'Orléans s'écriera: "On vient de prendre un lion, un singe et un renard". En captivité il doit négocier le payement de sa nourriture. C'est à l'intervention de Gaston d'Orléans que les frais furent pris en charge par la Couronne. 
Les pensions sont arrêtées et leurs charges sont redistribuées. Les scellés sont apposés sur leurs deumeures. On se saisit de tous leurs papiers où l'on ne trouva que des preuves de leurs innocences on exila leurs domestiques, leurs amis et leurs serviteurs. On vendit à l'encan ses meubles et sa vaisselle d’argent. Le gouverneur de la prison les traita avec une arrogance insupportable et le prince ne diminuant rien de sa fermeté naturelle, le gourmanda souvent, le menaça de le battre, et lui jeta une fois un chandelier à la tète. En plus de plusieurs corps de garde, leurs antichambres étaient remplies de soldats. Il y en avait dans leur chambre même qui les observaient la nuit dans leur lit, et les regardaient en face tant que le jour durait. Toutes ces sévérités. qui tenaient de la barbarie, firent naître dans le coeur de leurs amis une juste crainte de quelque funeste événement 
Finalement l'une et l'autre princesse parvinrent à ce qu'on leur accorda des officiers de la bouche et de la chambre du roi, pour leur apprêter à manger et pour les servir. La pitié qu'excitent des princes du sang injustement opprimés, le mérite de monsieur le Prince, ne tardèrent guère à gagner de ces officiers pour leur apporter des lettres de leurs amis et les choses nécessaires pour leur faire réponse et comme on changeait ces officiers tous les trois mois, on savait à chaque quartier ceux qui devaient aller servir près des princes, et l'on travaillait pour engager quelques-uns, à quoi Montreuil qui était secrétaire du prince de Conti, servit grandement et tant que la prison dura il eût toujours le soin de ce commerce, dont il s'acquitta, avec beaucoup d'adresse et de fidélité. 
On envoya au prince de l'encre de Chine et de petits tuyaux de plume qu'il attachait au coin de sa chemise, quantité de livres; où l’on avait soin de faire relier cinq ou six feuilles de papier blanc au-dedans et on les achetait tous de grand format, afin qu'il pût écrire dans les marges qu'il déchirait après, pour envoyer au-dehors. Il lisait perpétuellement et surtout la nuit, enfoncé dans son lit comme s'il eût voulu éviter le froid, mais en effet pour faire passer un côté de la couverture par-dessus le livre qu'il lisait, et placer, sur le bord du lit  une bougie qui lui permettait de lire les billets qu'il recevait le jour, et d'écrire les réponses et ses ordres en peu de mots, sur les blancs qui se trouvaient dans les livres. Il mouillait de sa salive sa pierre noire de Chine dans le creux de sa main, et se servait si adroitement de ces petits tuyaux qui n'avaient guère plus d'un pouce de long, et les cachait si adroitement entre ses doigts que quand les soldats de la garde, dont il gagna aussi quelques-uns - lui tiraient les rideaux pour l'observer, il n'était pas possible qu'ils s'aperçussent de ce qu'il cachait. On lui envoya souvent de l'argent et des pierreries. pour récompenser ceux qui le servaient au-dedans de sa prison. On lui fit même parvenir des poignards.Louis fit souvent semblant d'avoir mal aux yeux. en se les frottant pour les faire paraître rouges, il faisait demander à d'Alancy, son chirurgien. de la poudre pour les guérir, et sous ce prétexte lui envoyait de ces drogues dont les unes, trempées en l'eau. servaient à écrire une lettre qui demeure blanche et ne paraît sur le papier que quand on le frotte d'une autre trempée de même manière. Il s'en servit jusqu’au moment où la princesse eût obtenu permission d'écrire au prince son mari, et lui faire écrire par le jeune duc, des lettres qu'on envoyait ouvertes à la Cour, dans les entre-ligues desquelles et sur les revers on écrivait ce qu'il convenait qu'il sache. Ainsi, avec de ce stratagème, le cardinal lui envoya deux ou trois écrits contenant des dispositions pour le perdre. 

Il passe ses journées à jouer aux cartes ou à cultiver ses fleurs et, bien que mis au secret il trouvait le moyen d'écrire des lettres à ses fidèles. Si les hommes étaient captifs, les femmes, Charlotte, Anne-Geneviève, Claire-Clémence étaient quant à elles fermement décidées à ne pas se laisser prendre. Mis au courant de la situation, Louis appréciera: "Qui eût cru que j'arroserais mon jardin pendant que ma femme ferait la guerre." 
 
 

Les "jardins" de Vincennes que Louis cultivait

La guerre se portait sur deux fronts. Turenne et Anne-Geneviève au Nord, Claire-Clémence à Bordeaux. Aidés par les Espagnols, les rebelles gagnaient du terrain, et le peuple qui souffre toujours pendant les guerres blâmait Mazarin. En politique la situation évoluait, Monsieur et Gondi n'ayant pas reçu les faveurs escomptées et Mazarin grisé par une victoire sur Turenne, tout cela fit se rapprocher les anciens frondeurs et les princes rebelles. C'est Claire-Clémence qui déclenche les hostilités en demandant que les princes soient jugés ou libérés. Si le Roi et la Régente ne voient rien venir, Mazarin comprend qu'il est temps de prendre de sérieuses dispositions. Mais n'ayant put se concilier avec Gaston d'Orléans, il se voit perdu. Le parlement décide sa révocation. La Régente tente de fuir avec son fils mais les portes de Paris sont fermées. La Régente signe l'ordre de libération et La Rochefoucauld se presse d'annoncer la bonne nouvelle mais est devancé par Mazarin lui-même. Celui-ci se jette littéralement aux pieds de Louis et lui baisera même les bottes. Mazarin est contraint de s'exiler à Cologne. Mais celui-ci correspondant avec la Régente attise l'opposition au sein même de la fronde entre le prince et le cardinal de Retz. A leur libération, les princes se font octroyer différents postes. Condé sera gouverneur de la Guyenne, Conti de la Provence et Longueville recevra la Normandie. Mais la situation reste délicate. Les Espagnols sont toujours là et Louis ne veut pas céder à ceux qu'il a toujours combattu. Malgré un indéniable talent militaire c'est un piètre politique, il se montre souvent hautain et cassant. Il ne parviendra pas à accaparer l'entièreté du pouvoir et tout le monde se dispute. Monsieur, Gondi, le parlement , la Régente, chacun intrigue contre chacun. Mais les Condé sont toujours isolés, bien qu'en exil, Mazarin tire encore les ficelles.


 
Richelieu
A la suite de son mariage avec sa nièce, Louis se sent l'obligé de Richelieu. Il l'accompagne pendant son agonie allant de ville en ville et suivant de près toutes les vicissitudes de l'affaire Cinq-Mars. Bien qu'ils se disputaient âprement sur la question de la préséance des cardinaux sur les princes de sang. Louis ne pouvait évidemment pas soutenir le cardinal sur ce point. Une autre pomme de discorde entre eux: la consommation du mariage. Richelieu y tenait plus que tout. 

 
 
La Fronde des Princes
Il tente le coup de force et tient tête à la Régente. En 1652, c'est la rupture et la guerre recommence. Poussé par sa soeur il passe du côté espagnol et prend la tête de l'armée de la Fronde, c'est le début de la grande guerre condéenne. Allié au clan Orléans, il va de conquêtes en défaites et doit plier face aux assauts de Turenne. Ce qui pousse les rebelles ce n'est pas une vision politique mais la quête d'honneurs personnels. Mazarin revient ! Le jeune roi et sa mère lui font tous les honneurs. Mais parallèlement la vieille Fronde se réveille. L'armée de Condé est de loin supérieure à celle de Turenne, il suffirait d'un rien pour qu'il s'empare du Roi et par là même du pouvoir. Mais l'escarmouche qui s'en suivit laisse les adversaires face à face. L'occasion est ratée. Qu'importe le Roi, sus à la capitale. Monsieur et Gondi (depuis peu nommé cardinal de Retz) n'osent pas lui fermer les portes de la ville. Comme à l'habitude tout le monde se chamaille. Une aide vient de l'Angleterre d'où Cromwell envoie une délégation pour tenter de calquer en France la situation anglaise. Une constitution est même rédigée. Celle-ci prévoit le suffrage universel, une certaine forme de démocratie et surtout le Protectorat pour le Grand Condé. Mais on peut se poser la question si des princes si orgueilleux auraient pu s'accommoder d'un système représentatif tout puissant. C'est alors la bataille de la porte Saint-Antoine. C'est au cours de cet épisode que La Rochefoucauld recevra un coup de mousquet qui le rendra presque aveugle. Ainsi se termine la carrière militaire qu'un prince du siècle mais sera aussi le début de sa carrière littéraire. Condé n'y dut son salut qu'à l'intervention de la Grande Mademoiselle (Anne-Marie duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans) qui fit canonner de la Bastille les troupes du Roi et fit ainsi ouvrir les portes de la ville pour Condé. Il y retrouve sa soeur Anne qui y tenait son quartier général. Il fait alors régner la terreur dans la ville et afin d'éviter d'éventuelles négociations entre les notables et le roi, il fait tirer sur les représentants du peuple de Paris rassemblés à l'Hôtel de ville. On déplore une trentaine de morts, dont les auteurs de la fameuse "constitution". Ce fait entraîne l'indignation du parlement parisien et la bourgeoisie lui retire son soutien. Mazarin demande son congé et quelques temps plus tard le Roi et la cour rentrent dans Paris dans la liesse générale. Tous les frondeurs sont amnistiés sauf Condé et Conti. Ceux-ci décident la guerre à outrance du côté espagnol où il est nommé generalissimo, chef des armées.
En 1654, il est condamné à mort et tous ses biens confisqués. 
 
Le traité des Pyrénées
En 1659, la signature du traité des Pyrénées entre la France et l'Espagne lui vaudra l'amnistie. Ce traité comporte de nombreuses clauses ayant trait aux rectifications de frontière.- La France obtient: Gravelines, Bourbourg, Saint-Venant, Landrecies, Le Quesnoy, Avesnes, Thionville, Montmédy et Damvillers.- L'Espagne obtient: Ypres, Audenarde, Dixmude, Furnes et Charleroi.
Le 27 janvier 1659, il se jette au pieds du roi qui lui donne son pardon. La mort de Gaston d'Orléans qui le rapprche du trone, et celle de mazarin pour qui il voue une profonde inimitié, marquent la fin d'une époque. Tout en le comblant d'honneur, Louis XIV l'écarte des affaires en le contenant dans un rôle d'apparat. 

La Franche-Comté - Le Rhin
Le 30 septembre 1667, il obtient le commandement de l'armée d'Allemagne, ce qui témoigne de son retour en grace. En février 1668, il conquiert la Franche-Comté qui était toujours aux mains des espagnols. En quinze jours il prend Artois, Besançon, Dôle et Gray. 
Suite à cet exploit, Louis retrouve la faveur du Roi. Il briguera même vainement le trône de Pologne. 
Ensemble avec son ami Turenne il est placé à la tête de l'armée qui doit envahir les Pays-Bas en 1672. Au passage du Rhin il sera d'ailleurs blessé. L'épisode se déroule près d'Arnhem, un endroit qui vera la mort de son neveu Charles-Paris duc de Longueville.
En 1674, étant parvenu à faire évacuer les Provinces Unies, il arrête le prince d'Orange et son armée à Seneffe en Belgique. Il levaensuite le siège d'Audernarde.
L'année suivante, toujours en compagnie du Roi, il doit se rendre en Alsace où les armées françaises sont en difficulté suite à la mort de Turenne. Une fois de plus il doit affronter une vieille connaissance, Montecuccoli, le plus grand général autrichien. Il parvint à le contraindre de lever le siège de Haguenau et de le faire repasser le Rhin. Ce sera son dernier fait d'armes et sa dernière victoire.
L'éducation
Celui qui pour l'Histoire restera le Grand Condé avait une excellente éducation. Il parle latin et a étudié le droit, les sciences et la philosophie à Bourges. Il est capable de citer César et on le qualifiera bien vite de militaire intellectuel. Entré au collège des jésuites en 1629, il était séparé des ses condisciples par une balustrade dorée, et au dessus de sa chaise, les armes des Condé.. De son père il avait hérité des goûts homosexuels mais en plus faible mesure. Militaire dès son plus jeune âge, il remporte à 21 ans la victoire à la bataille de Rocroi qui scelle la suprématie d'un état moderne sur une Espagne encore très théocratique. Saint-Simon lui reprochera de ne pas avoir eu l'occasion de parfaire son esprit et d'avoir tout misé sur l'intrépidité et l'action. Ce manque d'esprit, de diplomatie dirions-nous aujourd'hui peut expliquer les injustices qu'il commettra et aussi son relatif désintérêt des affaires de l'Etat où avec ses qualités il aurait pu briller. 
"C'est un défaut; mais il est rare, mais il est beau." (Saint-Simon)

 
 
Les salons
Avant que le mariage ne se fit, Henri II éloigne son fils des salons de sa mère. Tant pour le soustraire de l'influence de la princesse que de ces beautés avec qui Claire-Clémence ne pouvait lutter. Elle avait un front bombé, un gros nez, un teint trop brun, une taille minuscule et une timidité extrème. Rien à voir avec ces jeunes filles déjà agguerries à l'art de séduire qui florissaient dans les salons parisiens.

 
 
Le mariage
Bien que Richelieu voulait ce mariage pour se rapprocher de la famille royale et augmenter son crédit et assurer sa charge, c'est le prince de Condé qui dut faire les avances. La princesse quant à elle y était opposée. Richelieu n'avait -il pas fait excécuter son frère? 
Le mariage a finalement lieu mais le jeune fiancé n'est pas à la fête. Il passe de colère en prostration. Il se sent joué, le centre d'une énorme machination. Il en tombe malade, délire. Six semaines de calvaire puis, la rémission. Il remange, et avec appétit. Toujours convalescent, il se met à lire et parle peu. Plus de colère mais un mutisme qui en dit long sur ses sentiments.
On vit dans cet épisode une réminiscence d'une tare psychopathe qui trainait chez les Bourbons depuis le 13ème siècle. Cette crise devait cependant rester unique. En fait il ne s'agissait que d'une comédie pour montrer son aversion pour ce mariage. Il craignait, à raison (voir Henri-Jules et Louis III) pour la santé tant mentale que physique de sa  descendance. Il y voyait un complot pour éliminer sa race de la succession au trône. Il tente alors pendant deux ans de faire annuler cette union. Il refuse tout contact avec sa femme et espère ainsi pouvoir la répudier. Au bout de ces deux années, il capitule.

 
 
 
L'épouse
Claire-Clémence de Maillé-Brézé"Claire-Clémence Demaillé", son épouse, était petite, chétive et de santé fragile.Bien que nièce de Richelieu, celui-ci n'en fit pas son héritière. Amère déception pour les Condé qui croyaient pouvoir allier mariage politique et mariage d'argent. Celui-ci sera célébré en février 1641 et sera l'origine de la déchéance physique et mentale qui touchera bon nombre de membres de la famille. Elle aimait son mari qui ne le lui rendait pas. Jusqu'à la naissance de son fils il tentera de faire annuler son mariage.Pendant la captivité du prince, Claire-Clémence se montra digne de lui en soulevant l'Aquitaine en distribuant force de libelles appelant à la rébellion contre Mazarin. Des rumeurs d'infidélité coururent et Claire-Clémence se vit accusée d'entretenir des relations troubles avec ses valets. Elle fut dès lors exilée tant par disgrâce que pour éviter de la montrer à la cour, sa santé mentale déclinant rapidement.

 

 
 
Claire-Clémence
Claire-Clémence

 
 
Le caractère
Peu soucieux de plaire, il préférait inspirer la crainte. Doté d'un orgueil excessif, il était haï par beaucoup de ses contemporains. Il se rendait souvent odieux par ses prétentions et ses insultes à Mazarin. Louis n'est pas un grand bâtisseur mais a considérablement embelli les jardins du château. 
Toujours exilée à Châteauroux en Berry, sa femme vit confirmer sa déportation dans le testament du prince. Celui-ci demandait au roi de bien vouloir confirmer sa captivité. Il semble avoir accédé à cette demande bien que toute documentation à ce sujet ait disparu des archives de la famille. 
Les portraits du prince suggèrent tous la rapacité du personnage: de grands yeux bleus protubérants, un nez "Bourbon" proéminent, un visage osseux, et la bouche volontaire sur un menton fuyant. Il était en outre d'une pilosité assez forte.
Bien que le plus grand capitaine de son temps, avec son ami et adversaire Turenne, il était plein d'orgueil et d'arrogance. Tant pour sa race que pour sa famille.
Peu conventionnel pour son époque, il est aussi un intellectuel hors pair. Il avait des idées très personnelles tant sur le plan religieux que politique. Il était tout autant opposé aux dogmes écclésiastique qu'à l'autorité supème du monarque. Proche de Bourdelot et de Spinoza, libertin, profondément athée, il était bien étrange aux yeux de ses contemporains. 
Son courage était sans limites. Il osa même prendre la protection des protestants lors des persécutions à la suite de la révocation de l"Edit de Nantes en 1685.

 
 

 
 
L'honneur de la famille
Au mariage de son petit fils, M. le Prince, que la goutte torture si cruellement qu'il ne peut se tenir debout ni agenouillé, soupire d'aise: la chose est acquise, son galopin de petit-fils est gendre du Roi. Il se réfugie dans l'ombre d'un pilier, hors du royal regard, et s'assied pesamment. Enfin souffler un peu! Jusqu'au dernier instant, il a tant craint que le Roi ne changeât d'idée! Louis III a des vices si éclatants que s'il avait pris fantaisie à Sa Majesté de vouloir préférer le bonheur de sa fille à son rang, tout fût tombé à l'eau!

 
 

 
 
 
La mort en face
Au soir de sa vie en 1686, la petite duchesse de Bourbon, sa petite fille est atteinte de la petite vérole. Son mari Louis III ne montrant aucune compassion à son égard. Le Grand Condé sera le gardien de la malade. A l'annonce de la visite du Roi, père de la petite, M. le Prince, tassé dans un fauteuil au chevet de la moribonde, sursaute. Sa Majesté ne doit pas entrer; le danger est trop grand. Le vainqueur de Rocroi a les membres noués par la goutte, une épée lui taraude sans relâche les reins, il se meut à grand peine et fait sous lui si ses gens tardent à le porter sur sa chaise percée. Pourtant le voilà qui se traîne jusqu'à la porte, et la barre de son pauvre corps tordu; sa maigreur est si grande, ses yeux brillent d'un tel feu dans son profil décharné, la peau plaquée sur l'os, la bouche rentrée, le menton guignant le nez, qu'on jurerait quelque échappé des enfers.
-Sire, retournez.
-Otez-vous, mon cousin, je souhaite voir ma fille.
-Si Votre Majesté persiste, Elle devra me marcher sur le ventre.
-Que me chantez-vous là? Je veux embrasser ma fille, vous dis-je!
-Oui-da. Je vous entends fort bien, et réponds à cela que si vous venez près d'elle, vous prendrez son mal, qui est si violent que vous en mourrez. Vous devez au Royaume de vous ménager. Vous êtes le Roi, vos peuples ont plus encore grand besoin de votre tendresse que Mme la Duchesse. Sur-ce, je ne bougerai de cette porte que vous soyez reparti."
Le Roi est médusé. Longuement il considère le vieillard; le Grand Condé n'est plus qu'une ombre, mais l'âme du héros brûle au-dedans, ardente, farouche. Le Roi ne peut détourner le regard de cette face incandescente.
"Quels yeux vous avez, mon cousin! Ne me fixez pas ainsi, j'en ferai cette nuit un cauchemar! Soit, je me rends à vos raisons. Mais prenez garde, vous aussi. La mort est une gourmande, et vous avez ce matin une vraie mine de civet!"
Or dans la nuit la petite duchesse crache des boutons par tous les pores, se vide comme vessie crevée, hurlant de douleur. La crise passe, la fièvre chute d'un coup, l'enfant s'endort. Elle est sauvée. Ne pouvant atteindre la jeune fille, la mort s'attaque à Louis II et l'emporte quelques jours plus tard.

 

 
La mort
Grand seigneur libertin tout au long de sa vie, il se convertira au soir de sa vie. Celle-ci n'étant que peu sincère ayant vécu sans religion tout au long de sa vie.
Victime de la goutte, qu'il dût combattre pendant de longues années, il passa sa retraite loin des tumultes parisiens en son château de Chantilly. Il s'y entourait des beaux esprit du temps: Molière, racine et Bossuet.
Ses derniers plaisirs seront pour ses petits enfants qu'il aime à recevoir. Toujours négligé dans sa tenue il les attend impatiemment lorsque s'annoncent leurs visites. 
Ce qui le chagrine c'est leur petite taille. Aucun ne pousse vraiment au point qu'un jour Louis déclare: "Si ma race diminue toujours ainsi, elle viendra à rien."
Privé d'épouse pour reconforter ses vieux jours, Louis reporte son affection sur sa belle-fille et les petits princes. Pour ceux-ci Chantilly est une fête avec ses grands parcs, ses eaux ses fontaines. Toutes choses que Louis n'aura de cesse d'embellir.
A sa mort, Louis XIV dira de lui: "Je viens de perdre le plus grand homme de mon royaume". Son oraison funèbre prononcée par Bossuet restera célèbre.

Le Grand Condé 160
 


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