| Le Prince
de la Guerre |
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Rocroi (1643)
Après avoir subi le baptème du feu
lors de la campagne de Picardie, le jeune Louis est à la veille
de son jour de gloire.
Le jeune Louis n'a que 21 ans et se voit confier
la direction des opérations sur le terrain de Rocroi. Mais en fait
il est conseillé par de vieux routiers de l'art militaire: L'Hôpital
et Gassion, sous les ordres duquel il avait fait son entrée dans
la carrière militaire.
La bataille de Rocroi est engagée suite
à la prise de la ville par Francesco de Melo. A la tête de
ses invincibles Tercios, il entend bien séparer les trois armées
françaises: celle de Picardie, et celle de l'Est. Son but était
de descendre la vallée de la Marne et s'élancer vers Paris.
Il eut le tort de croire qu'il avait toujours à faire avec les médiocres
militaires d'antan.
Quelques jours avant la bataille Louis apprend
la mort du Roi Louis XIII, rappelé à Paris par son père,
il refuse de quitter l'armée.
Louis XIII à l'agonie eut un sursaut et
dit au père de Louis, Henri II le rêve qu'il venait de faire:
"Je rêvais que votre fils était
venu aux mains avec les ennemis; que le combat était fort rude et
opiniâtre et que la victoire a longtemps balancé; qu'après
de nouveaux combats elle est demeurée aux nôtres".
La bataille de Rocroi scelle la fin d'une époque,
celle des guerre de Religions. Tout se joue encore entre les provinces
protestantes d'Allemagne soutenues par la France et la Maison de Habsbourg
championne du catholicisme avec ses deux branches: autrichienne et espagnole.
C'est aussi la dernière fois qu'une guerre est déclarée
avec le fatse d'antan, héraut, trompettes, etc.
En fait Louis a déjà compris que
son avenir et sa gloire demandent des actions d'éclat. Sa témérité
et son jusqu'au- boutisme ne s'expliquent que par le fait qu'avec le nouveau
règne du très jeune Louis XIV il doit pendant la régence
ne pas se faire dépasser par les évènements. S'il
rentre victorieux il poura se présenter comme garant de l'intégrité
du royaume et en tant que premier prince de sang, le trône n'est
pas loin. Un très jeune roi, et le duc d'Orléans sans héritiers
mâles seulement l'éloignent du poivoir suprème. Peu
de choses en effet.
Sur un plan militaire, si Turenne n'est pas à
Rocroi, Louis n'en est pas moins très vite comparé à
lui. Louis est aggressif, audacieux, et plein de panache; Turenne est calculateur,
prudent et patient. Louis ne regade que le résultat qu'importent
quelques vies de perdues? Tant chez l'ennemi que dans ses propres rangs.
Victorieux tant sur le terrain militaire qu'en
politique (peut-être la seule fois) Louis doit bien vite déchanter.
Après avoir poursuivi les Espagnols jusqu'en Lorraine où
ceux-ci capitulent, son armée est dissoute. Rentré à
Paris, il se heurte à Mazarin qui lui aussi a compris tout le bénéfice
qu'un Condé pouvait gagner d'une nouvelle gloire. Les honneurs
espérés ne viennent pas et finissent de mener le jeune Louis
sur la pente dangereuse de l'opposition au cardinal.
Le 19 mai 1643, cinq jours après la mort
du roi, il parvient à écraser la redoutable infanterie espagnole
grâce à une manoeuvre audacieuse. Cette première victoire
fait sa gloire, et est le prémice de nombreuses autres : la prise
de Thionville en août, celle de Sierk en septembre
Fribourg - Nördlingen
Puis vient la victoire de Fribourg (août 1645)
au coté de Turenne. Leur bonne collaboration se conclut par la victoire
de Nördlingen (août 1645) face à une armée autrichienne
qui vit la mort de leur chef, le maréchal von Mercy à la
fin de la bataille. Louis donnera des ordres pour faire graver la tombe
du maréchal.
Malade, Louis ne pourra pas exploiter toute
la mesure de sa victoire. Il sert ensuite en Flandre sous les ordres de
Gaston d'Orléans et remporte les victoires de Courtrai, Mardyck
et de Dunkerque. Ces victoires assurent la stabilité de la frontière
nord du royaume.
Il avait une conception très agressive
de la guerre qui pour lui n'était pas la victoire mais la destruction
de l'ennemi.
Il est à noter que bien que très
versé dans l'art de la guerre, il était incapable de seller
un cheval.
La cour ne récompense toujours pas ce
vainqueur, qui va jusqu'à payer ses troupes sur ses propres deniers,
mais qui est jugé trop encombrant. Il passe ses quartiers d'hivers
dans son domaine de Chantilly, où se trouvent de nombreux artistes
qu'il protège. Il y mène une vie libre voire parfois scandaleuse. |
| L'enfance |
Sitôt remise de l'accouchement, la princesse,
sa mère, l'emmène chez le prince de Condé à
Bouges. Là, il sera à l'abri des intrigues de cour. Il ne
faut pas oublier qu'il est le personnage le plus proche de la succession
de Louis XIII. Celui-ci n'ayant pas d'enfants et Gaston d'Orléans
ne semble pas en vouloir d'autre.
Ce seront les naissances de Louis XIV et de son
frère Philippe d'Orléans qui confineront à tout jamais
la famille de Condé dans le rôle de branche cadette. |
| La mort du cuisinier |
| Un vendredi de 1671 à l'occasion d'une
visite du Roi à Chantilly, le repas comporte du poisson. Craignant
que le poisson n'arrive pas à temps, le maître d'hôtel
du Grand Condé, François Vatel se suicida. |
| Les revenus |
| A la mort de son père en 1646, il devient
prince de Condé puis reçoit sa provision de grand maitre
de la maison du roi, ainsi que le gouvernement de la bourgogne et accède
au conseil. On peut estimer que les revenus du prince proviennent pour
une moitié de ses pensions et charges et pour l'autre de ses domaines. |
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| Les amours |
Sa passion pour Marthe de Vigean, duchesse
de Fronsac (1623-1694) dura jusqu'en 1645. Elle était entretenue
par la princesse sa mère par haine pour Richelieu et par sa soeur
Anne-Geneviève qui jouait les entremetteuses.
Deux ans de moins que Louis, elle était
belle et avait de l'esprit. D'amitié en affection ce fut bientôt
pour le jeune couple une passion dévorante. Par contre pour le prince
de Condé, son pére, ce n'était pas une bonne chose.
Pas tant à cause de la basse extraction de la jeune fille mais les
échecs successifs du prince risqueraient d'assombrir le prestige
de la famille auprès du Roi. Seul le mariage avec la nièce
de Richelieu permettra d'assurer l'avenir.
Louis essaiera mais en vain de faire casser son
mariage pour pouvoir l'épouser.
L'idylle s'éteignit à cause de
la jalousie de la jeune fille qui ne supportait plus les jeux de l'amour
et les dissimulations qui règnaient à la cour à cette
époque et où le prince excellait.
A l'annonce de la rupture, Louis s'évanouit.
Après deux ans d'hésitation, Marthe
entra finalement chez les carmélites et devint Soeur Marthe de Jésus.
Elle s'éteignit en 1665 à l'âge de 42 ans.
Après cet épisode douloureux, Louis
n'eut plus que des relations purement physiques avec les femmes et encore
très rarement. |
| Son père |
| En 1636, il reçoit du roi la charge de
veiller sur le gouvernement de Bourgogne en l'absence de son père.
Très attaché à celui-ci, il s'efforçait toujours
de lui plaire. Il ne lui écrivait qu'en latin et devait lui demander
la permission s'il voulait rédiger en français. |
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Le traité
de Westphalie.
Mazarin l'envoit participer au siège de Lerida,
ou il subira un échec. De retour sur la frontière des Flandre,
il s'empare de Yspres (mai 1648), et remporte à Lens (août
1648) une victoire décisive sur l'armée espagnole supèrieure
en nombre de l'archiduc Léopold. Il vient de sauver Paris, et quelques
semaines plus tard, la paix est signée aux traités de Westphalie.
Ceux-ci marquent la fin de la guerre de Trente Ans. Les catholiques les
signèrent à Munster, les protestants à Osnabrück.
La France en sortit agrandie de l'Alsace.
La Fronde du Parlement.
La première Fronde découle de l'envie
de la plus haute juridiction du royaume de limiter les pouvoirs royaux.
C'est aussi une opposition aux cardinaux Richelieu et Mazarin qui sont
'après le peuple la cause de tous les maux. Le déclic en
fut le rejet par le parlement de Paris d'un plan visant à supprimer
quatre années de traitement pour les magistrats. Libéré
de ses obligation militaires par le traité de Westphalie, Louis
se met au service du Roi.
Lors de la révolte des parlementaires
et des magistrats pour laquelle il n'a que mépris, il protège
à l'aide de ses troupes la cour en exil malgrè le soutien
des siens (sa soeur et son beau frère Longueville, et son frère
Conti) aux rebelles. ceux-ci comptent en outre Gondi, cardinal de Retz
et le frère de Turenne, le maréchal de Bouillon. Le 8 février
1649, par le combat de Charenton, il investit Paris. Un compromis est finalement
signé entre les rebelles et la Régente à Rueil.Après
Rocroi et Lens, il vient de sauver le trone pour la troisième fois.
La prison.
Il croit alors devenir le maitre de la cour, mais
son insolence, son orgueil et sa profonde haine pour Mazarin entraine son
arrestation par la régente et le Cardinal, le 18 janvier 1650. A
la suite de la levée par les princes Condé, Conti et Longueville
d'une armée basée sur les régiments provenant de leurs
gouvernements respectifs, la Régente prit sur le conseil du coadjuteur
Gondi, la décision de les faire arrêter. Malgré des
mises en garde répétées, les princes Condé,
Conti et le duc de Longueville se réunirent au Conseil du Roi où
ils furent appréhendés. A l'annonce de la réussite
de l'opération, Gaston d'Orléans s'écriera:
"On vient de prendre un lion, un singe et un renard".
En captivité il doit négocier le payement de sa nourriture.
C'est à l'intervention de Gaston d'Orléans que les frais
furent pris en charge par la Couronne.
Les pensions sont arrêtées et leurs
charges sont redistribuées. Les scellés sont apposés
sur leurs deumeures. On se saisit de tous leurs papiers où l'on
ne trouva que des preuves de leurs innocences on exila leurs domestiques,
leurs amis et leurs serviteurs. On vendit à l'encan ses meubles
et sa vaisselle d’argent. Le gouverneur de la prison les traita avec une
arrogance insupportable et le prince ne diminuant rien de sa fermeté
naturelle, le gourmanda souvent, le menaça de le battre, et lui
jeta une fois un chandelier à la tète. En plus de plusieurs
corps de garde, leurs antichambres étaient remplies de soldats.
Il y en avait dans leur chambre même qui les observaient la nuit
dans leur lit, et les regardaient en face tant que le jour durait. Toutes
ces sévérités. qui tenaient de la barbarie, firent
naître dans le coeur de leurs amis une juste crainte de quelque funeste
événement
Finalement l'une et l'autre princesse parvinrent
à ce qu'on leur accorda des officiers de la bouche et de la chambre
du roi, pour leur apprêter à manger et pour les servir. La
pitié qu'excitent des princes du sang injustement opprimés,
le mérite de monsieur le Prince, ne tardèrent guère
à gagner de ces officiers pour leur apporter des lettres de leurs
amis et les choses nécessaires pour leur faire réponse et
comme on changeait ces officiers tous les trois mois, on savait à
chaque quartier ceux qui devaient aller servir près des princes,
et l'on travaillait pour engager quelques-uns, à quoi Montreuil
qui était secrétaire du prince de Conti, servit grandement
et tant que la prison dura il eût toujours le soin de ce commerce,
dont il s'acquitta, avec beaucoup d'adresse et de fidélité.
On envoya au prince de l'encre de Chine et de
petits tuyaux de plume qu'il attachait au coin de sa chemise, quantité
de livres; où l’on avait soin de faire relier cinq ou six feuilles
de papier blanc au-dedans et on les achetait tous de grand format, afin
qu'il pût écrire dans les marges qu'il déchirait après,
pour envoyer au-dehors. Il lisait perpétuellement et surtout la
nuit, enfoncé dans son lit comme s'il eût voulu éviter
le froid, mais en effet pour faire passer un côté de la couverture
par-dessus le livre qu'il lisait, et placer, sur le bord du lit une
bougie qui lui permettait de lire les billets qu'il recevait le jour, et
d'écrire les réponses et ses ordres en peu de mots, sur les
blancs qui se trouvaient dans les livres. Il mouillait de sa salive sa
pierre noire de Chine dans le creux de sa main, et se servait si adroitement
de ces petits tuyaux qui n'avaient guère plus d'un pouce de long,
et les cachait si adroitement entre ses doigts que quand les soldats de
la garde, dont il gagna aussi quelques-uns - lui tiraient les rideaux pour
l'observer, il n'était pas possible qu'ils s'aperçussent
de ce qu'il cachait. On lui envoya souvent de l'argent et des pierreries.
pour récompenser ceux qui le servaient au-dedans de sa prison. On
lui fit même parvenir des poignards.Louis fit souvent semblant d'avoir
mal aux yeux. en se les frottant pour les faire paraître rouges,
il faisait demander à d'Alancy, son chirurgien. de la poudre pour
les guérir, et sous ce prétexte lui envoyait de ces drogues
dont les unes, trempées en l'eau. servaient à écrire
une lettre qui demeure blanche et ne paraît sur le papier que quand
on le frotte d'une autre trempée de même manière. Il
s'en servit jusqu’au moment où la princesse eût obtenu permission
d'écrire au prince son mari, et lui faire écrire par le jeune
duc, des lettres qu'on envoyait ouvertes à la Cour, dans les entre-ligues
desquelles et sur les revers on écrivait ce qu'il convenait qu'il
sache. Ainsi, avec de ce stratagème, le cardinal lui envoya deux
ou trois écrits contenant des dispositions pour le perdre.
Il passe ses journées à jouer aux
cartes ou à cultiver ses fleurs et, bien que mis au secret il trouvait
le moyen d'écrire des lettres à ses fidèles. Si les
hommes étaient captifs, les femmes, Charlotte, Anne-Geneviève,
Claire-Clémence étaient quant à elles fermement décidées
à ne pas se laisser prendre. Mis au courant de la situation, Louis
appréciera: "Qui eût cru que
j'arroserais mon jardin pendant que ma femme ferait la guerre."
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| Les "jardins" de Vincennes que Louis cultivait |
La guerre se portait sur deux fronts. Turenne
et Anne-Geneviève
au Nord, Claire-Clémence à Bordeaux. Aidés par les
Espagnols, les rebelles gagnaient du terrain, et le peuple qui souffre
toujours pendant les guerres blâmait Mazarin. En politique la situation
évoluait, Monsieur et Gondi n'ayant pas reçu les faveurs
escomptées et Mazarin grisé par une victoire sur Turenne,
tout cela fit se rapprocher les anciens frondeurs et les princes rebelles.
C'est Claire-Clémence qui déclenche les hostilités
en demandant que les princes soient jugés ou libérés.
Si le Roi et la Régente ne voient rien venir, Mazarin comprend qu'il
est temps de prendre de sérieuses dispositions. Mais n'ayant put
se concilier avec Gaston d'Orléans, il se voit perdu. Le parlement
décide sa révocation. La Régente tente de fuir avec
son fils mais les portes de Paris sont fermées. La Régente
signe l'ordre de libération et La Rochefoucauld se presse d'annoncer
la bonne nouvelle mais est devancé par Mazarin lui-même. Celui-ci
se jette littéralement aux pieds de Louis et lui baisera même
les bottes. Mazarin est contraint de s'exiler à Cologne. Mais celui-ci
correspondant avec la Régente attise l'opposition au sein même
de la fronde entre le prince et le cardinal de Retz. A leur libération,
les princes se font octroyer différents postes. Condé sera
gouverneur de la Guyenne, Conti de la Provence et Longueville recevra la
Normandie. Mais la situation reste délicate. Les Espagnols sont
toujours là et Louis ne veut pas céder à ceux qu'il
a toujours combattu. Malgré un indéniable talent militaire
c'est un piètre politique, il se montre souvent hautain et cassant.
Il ne parviendra pas à accaparer l'entièreté du pouvoir
et tout le monde se dispute. Monsieur, Gondi, le parlement , la Régente,
chacun intrigue contre chacun. Mais les Condé sont toujours isolés,
bien qu'en exil, Mazarin tire encore les ficelles. |
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| Richelieu |
| A la suite de son mariage avec sa nièce,
Louis se sent l'obligé de Richelieu. Il l'accompagne pendant son
agonie allant de ville en ville et suivant de près toutes les vicissitudes
de l'affaire Cinq-Mars. Bien qu'ils se disputaient âprement sur la
question de la préséance des cardinaux sur les princes de
sang. Louis ne pouvait évidemment pas soutenir le cardinal sur ce
point. Une autre pomme de discorde entre eux: la consommation du mariage.
Richelieu y tenait plus que tout. |
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La Fronde des Princes
Il tente le coup de force et tient tête à
la Régente. En 1652, c'est la rupture et la guerre recommence. Poussé
par sa soeur il passe du côté espagnol et prend la tête
de l'armée de la Fronde, c'est le début de la grande guerre
condéenne. Allié au clan Orléans, il va de conquêtes
en défaites et doit plier face aux assauts de Turenne. Ce qui pousse
les rebelles ce n'est pas une vision politique mais la quête d'honneurs
personnels. Mazarin revient ! Le jeune roi et sa mère lui font tous
les honneurs. Mais parallèlement la vieille Fronde se réveille.
L'armée de Condé est de loin supérieure à celle
de Turenne, il suffirait d'un rien pour qu'il s'empare du Roi et par là
même du pouvoir. Mais l'escarmouche qui s'en suivit laisse les adversaires
face à face. L'occasion est ratée. Qu'importe le Roi, sus
à la capitale. Monsieur et Gondi (depuis peu nommé cardinal
de Retz) n'osent pas lui fermer les portes de la ville. Comme à
l'habitude tout le monde se chamaille. Une aide vient de l'Angleterre d'où
Cromwell envoie une délégation pour tenter de calquer en
France la situation anglaise. Une constitution est même rédigée.
Celle-ci prévoit le suffrage universel, une certaine forme de démocratie
et surtout le Protectorat pour le Grand Condé. Mais on peut se poser
la question si des princes si orgueilleux auraient pu s'accommoder d'un
système représentatif tout puissant. C'est alors la bataille
de la porte Saint-Antoine. C'est au cours de cet épisode que La
Rochefoucauld recevra un coup de mousquet qui le rendra presque aveugle.
Ainsi se termine la carrière militaire qu'un prince du siècle
mais sera aussi le début de sa carrière littéraire.
Condé n'y dut son salut qu'à l'intervention de la Grande
Mademoiselle (Anne-Marie duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans)
qui fit canonner de la Bastille les troupes du Roi et fit ainsi ouvrir
les portes de la ville pour Condé. Il y retrouve sa soeur Anne qui
y tenait son quartier général. Il fait alors régner
la terreur dans la ville et afin d'éviter d'éventuelles négociations
entre les notables et le roi, il fait tirer sur les représentants
du peuple de Paris rassemblés à l'Hôtel de ville. On
déplore une trentaine de morts, dont les auteurs de la fameuse "constitution".
Ce fait entraîne l'indignation du parlement parisien et la bourgeoisie
lui retire son soutien. Mazarin demande son congé et quelques temps
plus tard le Roi et la cour rentrent dans Paris dans la liesse générale.
Tous les frondeurs sont amnistiés sauf Condé et Conti. Ceux-ci
décident la guerre à outrance du côté espagnol
où il est nommé generalissimo, chef des armées.
En 1654, il est condamné à mort
et tous ses biens confisqués.
Le traité
des Pyrénées
En 1659, la signature du traité des Pyrénées
entre la France et l'Espagne lui vaudra l'amnistie. Ce traité comporte
de nombreuses clauses ayant trait aux rectifications de frontière.-
La France obtient: Gravelines, Bourbourg, Saint-Venant, Landrecies, Le
Quesnoy, Avesnes, Thionville, Montmédy et Damvillers.- L'Espagne
obtient: Ypres, Audenarde, Dixmude, Furnes et Charleroi.
Le 27 janvier 1659, il se jette au pieds du roi
qui lui donne son pardon. La mort de Gaston d'Orléans qui le rapprche
du trone, et celle de mazarin pour qui il voue une profonde inimitié,
marquent la fin d'une époque. Tout en le comblant d'honneur, Louis
XIV l'écarte des affaires en le contenant dans un rôle d'apparat.
La Franche-Comté - Le
Rhin
Le 30 septembre 1667, il obtient le commandement
de l'armée d'Allemagne, ce qui témoigne de son retour en
grace. En février 1668, il conquiert la Franche-Comté qui
était toujours aux mains des espagnols. En quinze jours il prend
Artois, Besançon, Dôle et Gray.
Suite à cet exploit, Louis retrouve la
faveur du Roi. Il briguera même vainement le trône de Pologne.
Ensemble avec son ami Turenne il est placé
à la tête de l'armée qui doit envahir les Pays-Bas
en 1672. Au passage du Rhin il sera d'ailleurs blessé. L'épisode
se déroule près d'Arnhem, un endroit qui vera la mort de
son neveu Charles-Paris duc de Longueville.
En 1674, étant parvenu à faire
évacuer les Provinces Unies, il arrête le prince d'Orange
et son armée à Seneffe en Belgique. Il levaensuite le siège
d'Audernarde.
L'année suivante, toujours en compagnie
du Roi, il doit se rendre en Alsace où les armées françaises
sont en difficulté suite à la mort de Turenne. Une fois de
plus il doit affronter une vieille connaissance, Montecuccoli, le plus
grand général autrichien. Il parvint à le contraindre
de lever le siège de Haguenau et de le faire repasser le Rhin. Ce
sera son dernier fait d'armes et sa dernière victoire. |
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| L'éducation |
Celui qui pour l'Histoire restera le Grand Condé
avait une excellente éducation. Il parle latin et a étudié
le droit, les sciences et la philosophie à Bourges. Il est capable
de citer César et on le qualifiera bien vite de militaire intellectuel.
Entré au collège des jésuites en 1629, il était
séparé des ses condisciples par une balustrade dorée,
et au dessus de sa chaise, les armes des Condé.. De son père
il avait hérité des goûts homosexuels mais en plus
faible mesure. Militaire dès son plus jeune âge, il remporte
à 21 ans la victoire à la bataille de Rocroi qui scelle la
suprématie d'un état moderne sur une Espagne encore très
théocratique. Saint-Simon lui reprochera de ne pas avoir eu l'occasion
de parfaire son esprit et d'avoir tout misé sur l'intrépidité
et l'action. Ce manque d'esprit, de diplomatie dirions-nous aujourd'hui
peut expliquer les injustices qu'il commettra et aussi son relatif désintérêt
des affaires de l'Etat où avec ses qualités il aurait pu
briller.
"C'est un défaut; mais il
est rare, mais il est beau." (Saint-Simon) |
| Les salons |
| Avant que le mariage ne se fit, Henri II éloigne
son fils des salons de sa mère. Tant pour le soustraire de l'influence
de la princesse que de ces beautés avec qui Claire-Clémence
ne pouvait lutter. Elle avait un front bombé, un gros nez, un teint
trop brun, une taille minuscule et une timidité extrème.
Rien à voir avec ces jeunes filles déjà agguerries
à l'art de séduire qui florissaient dans les salons parisiens. |
| Le mariage |
Bien que Richelieu voulait ce mariage pour se
rapprocher de la famille royale et augmenter son crédit et assurer
sa charge, c'est le prince de Condé qui dut faire les avances. La
princesse quant à elle y était opposée. Richelieu
n'avait -il pas fait excécuter son frère?
Le mariage a finalement lieu mais le jeune fiancé
n'est pas à la fête. Il passe de colère en prostration.
Il se sent joué, le centre d'une énorme machination. Il en
tombe malade, délire. Six semaines de calvaire puis, la rémission.
Il remange, et avec appétit. Toujours convalescent, il se met à
lire et parle peu. Plus de colère mais un mutisme qui en dit long
sur ses sentiments.
On vit dans cet épisode une réminiscence
d'une tare psychopathe qui trainait chez les Bourbons depuis le 13ème
siècle. Cette crise devait cependant rester unique. En fait il ne
s'agissait que d'une comédie pour montrer son aversion pour ce mariage.
Il craignait, à raison (voir Henri-Jules et Louis III) pour la santé
tant mentale que physique de sa descendance. Il y voyait un complot
pour éliminer sa race de la succession au trône. Il tente
alors pendant deux ans de faire annuler cette union. Il refuse tout contact
avec sa femme et espère ainsi pouvoir la répudier. Au bout
de ces deux années, il capitule. |
| L'épouse |
"Claire-Clémence
Demaillé", son épouse, était petite, chétive
et de santé fragile.Bien que nièce de Richelieu, celui-ci
n'en fit pas son héritière. Amère déception
pour les Condé qui croyaient pouvoir allier mariage politique et
mariage d'argent. Celui-ci sera célébré en février
1641 et sera l'origine de la déchéance physique et mentale
qui touchera bon nombre de membres de la famille. Elle aimait son mari
qui ne le lui rendait pas. Jusqu'à la naissance de son fils il tentera
de faire annuler son mariage.Pendant la captivité du prince, Claire-Clémence
se montra digne de lui en soulevant l'Aquitaine en distribuant force de
libelles appelant à la rébellion contre Mazarin. Des rumeurs
d'infidélité coururent et Claire-Clémence se vit accusée
d'entretenir des relations troubles avec ses valets. Elle fut dès
lors exilée tant par disgrâce que pour éviter de la
montrer à la cour, sa santé mentale déclinant rapidement. |
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Claire-Clémence
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| Le caractère |
Peu soucieux de plaire, il préférait
inspirer la crainte. Doté d'un orgueil excessif, il était
haï par beaucoup de ses contemporains. Il se rendait souvent odieux
par ses prétentions et ses insultes à Mazarin. Louis n'est
pas un grand bâtisseur mais a considérablement embelli les
jardins du château.
Toujours exilée à Châteauroux
en Berry, sa femme vit confirmer sa déportation dans le testament
du prince. Celui-ci demandait au roi de bien vouloir confirmer sa captivité.
Il semble avoir accédé à cette demande bien que toute
documentation à ce sujet ait disparu des archives de la famille.
Les portraits du prince suggèrent tous
la rapacité du personnage: de grands yeux bleus protubérants,
un nez "Bourbon" proéminent, un visage osseux, et la bouche volontaire
sur un menton fuyant. Il était en outre d'une pilosité assez
forte.
Bien que le plus grand capitaine de son temps,
avec son ami et adversaire Turenne, il était plein d'orgueil et
d'arrogance. Tant pour sa race que pour sa famille.
Peu conventionnel pour son époque, il
est aussi un intellectuel hors pair. Il avait des idées très
personnelles tant sur le plan religieux que politique. Il était
tout autant opposé aux dogmes écclésiastique qu'à
l'autorité supème du monarque. Proche de Bourdelot et de
Spinoza, libertin, profondément athée, il était bien
étrange aux yeux de ses contemporains.
Son courage était sans limites. Il osa
même prendre la protection des protestants lors des persécutions
à la suite de la révocation de l"Edit de Nantes en 1685. |
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| L'honneur de la famille |
| Au mariage de son petit fils, M. le Prince, que
la goutte torture si cruellement qu'il ne peut se tenir debout ni agenouillé,
soupire d'aise: la chose est acquise, son galopin de petit-fils est gendre
du Roi. Il se réfugie dans l'ombre d'un pilier, hors du royal regard,
et s'assied pesamment. Enfin souffler un peu! Jusqu'au dernier instant,
il a tant craint que le Roi ne changeât d'idée! Louis III
a des vices si éclatants que s'il avait pris fantaisie à
Sa Majesté de vouloir préférer le bonheur de sa fille
à son rang, tout fût tombé à l'eau! |
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| La mort en face |
Au soir de sa vie en 1686, la petite duchesse
de Bourbon, sa petite fille est atteinte de la petite vérole. Son
mari Louis III ne montrant
aucune compassion à son égard. Le Grand Condé sera
le gardien de la malade. A l'annonce de la visite du Roi, père de
la petite, M. le Prince, tassé dans un fauteuil au chevet de la
moribonde, sursaute. Sa Majesté ne doit pas entrer; le danger est
trop grand. Le vainqueur de Rocroi a les membres noués par la goutte,
une épée lui taraude sans relâche les reins, il se
meut à grand peine et fait sous lui si ses gens tardent à
le porter sur sa chaise percée. Pourtant le voilà qui se
traîne jusqu'à la porte, et la barre de son pauvre corps tordu;
sa maigreur est si grande, ses yeux brillent d'un tel feu dans son profil
décharné, la peau plaquée sur l'os, la bouche rentrée,
le menton guignant le nez, qu'on jurerait quelque échappé
des enfers.
-Sire, retournez.
-Otez-vous, mon cousin, je souhaite voir ma fille.
-Si Votre Majesté persiste, Elle devra
me marcher sur le ventre.
-Que me chantez-vous là? Je veux embrasser
ma fille, vous dis-je!
-Oui-da. Je vous entends fort bien, et réponds
à cela que si vous venez près d'elle, vous prendrez son mal,
qui est si violent que vous en mourrez. Vous devez au Royaume de vous ménager.
Vous êtes le Roi, vos peuples ont plus encore grand besoin de votre
tendresse que Mme la Duchesse. Sur-ce, je ne bougerai de cette porte que
vous soyez reparti."
Le Roi est médusé. Longuement il
considère le vieillard; le Grand Condé n'est plus qu'une
ombre, mais l'âme du héros brûle au-dedans, ardente,
farouche. Le Roi ne peut détourner le regard de cette face incandescente.
"Quels yeux vous avez, mon cousin! Ne me fixez
pas ainsi, j'en ferai cette nuit un cauchemar! Soit, je me rends à
vos raisons. Mais prenez garde, vous aussi. La mort est une gourmande,
et vous avez ce matin une vraie mine de civet!"
Or dans la nuit la petite duchesse crache des
boutons par tous les pores, se vide comme vessie crevée, hurlant
de douleur. La crise passe, la fièvre chute d'un coup, l'enfant
s'endort. Elle est sauvée. Ne pouvant atteindre la jeune fille,
la mort s'attaque à Louis II et l'emporte quelques jours plus tard. |
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| La mort |
Grand seigneur libertin tout au long de sa vie,
il se convertira au soir de sa vie. Celle-ci n'étant que peu sincère
ayant vécu sans religion tout au long de sa vie.
Victime de la goutte, qu'il dût combattre
pendant de longues années, il passa sa retraite loin des tumultes
parisiens en son château de Chantilly. Il s'y entourait des beaux
esprit du temps: Molière, racine et Bossuet.
Ses derniers plaisirs seront pour ses petits
enfants qu'il aime à recevoir. Toujours négligé dans
sa tenue il les attend impatiemment lorsque s'annoncent leurs visites.
Ce qui le chagrine c'est leur petite taille.
Aucun ne pousse vraiment au point qu'un jour Louis déclare: "Si
ma race diminue toujours ainsi, elle viendra à rien."
Privé d'épouse pour reconforter
ses vieux jours, Louis reporte son affection sur sa belle-fille et les
petits princes. Pour ceux-ci Chantilly est une fête avec ses grands
parcs, ses eaux ses fontaines. Toutes choses que Louis n'aura de cesse
d'embellir.
A sa mort, Louis XIV dira de lui:
"Je viens de perdre le plus grand homme de mon royaume". Son
oraison funèbre prononcée par Bossuet restera célèbre. |
Le Grand Condé 160
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